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Interview Valéry Bonneau

Valéry Bonneau, l’auteur de la nouvelle « La dent », a accepté de répondre à nos questions. Merci à lui !

Tu as été sélectionné pour ce troisième numéro avec ta nouvelle « La dent », peux-tu expliquer sa genèse ?

Il s’agit de la première nouvelle que j’ai écrite, il y a près de deux ans maintenant. Je voulais juste me faire plaisir, me faire marrer et voir où ça m’emmènerait. Le premier jet est venu tout de suite, mais comme souvent j’ai beaucoup retravaillé pour que ça coule mieux.

Valéry Bonneau

Plus à l’aise dans un registre particulier ? De quoi aimes-tu parler dans tes histoires ?

Je suis un grand fan de roman noir et je suis très attiré par les histoires incroyables qui arrivent à des gens parfaitement normaux. Je tourne donc souvent autour de ces thèmes.

Je précise qu’une personne normale pour moi n’est pas fade ou quelconque, mais au contraire, une personne qui a des rêves, des ambitions et des faiblesses, un égo. Balader ces personnes dans l’improbable et l’insupportable, c’est un de mes grands plaisirs. Je suis un bourreau pour mes héros.

 

Quand et comment as-tu commencé à écrire ? Te rappelles-tu ta première histoire ?

Il y a 30 ans, un truc bourré de poncif, puis c’est revenu par le blog il y a 10 ans et par le roman il y a trois ans.

 

Quel est ton rythme d’écriture ?

J’écris tous les jours. Depuis que je m’astreins à cette régularité, soit à peu près 1000 jours maintenant, j’ai dû rater le coche une cinquantaine de fois, toujours pour de mauvaises raisons. L’avantage c’est que la page blanche n’est plus un sujet : j’écris, n’importe quoi. Soit la suite du roman ou du scénario que j’ai en cours, soit une nouvelle, soit un texte hors sol. Je trie dans un deuxième temps.

 

Comment construis-tu ton travail ?

Je note au moins une idée de nouvelle, roman, scénarios, par jour.

Pour écrire une nouvelle, je regarde dans cette liste ce qui m’inspire et j’écris d’un jet. La fin me vient en général vers le milieu, parfois dans un éclair juste avant la dernière phrase. Je n’arrive presque jamais dans un cul-de-sac.

Pour les romans, j’en suis au troisième, pour éviter l’impasse je ne démarre que lorsque j’ai la fin en tête.

Les plans pour les romans m’ennuient, car lorsque j’ai fini un plan j’ai le sentiment d’avoir terminé, perdu tout l’influx, toute l’envie de raconter l’histoire.

Mais pour les scénarios et les pièces de théâtre, sans plan, c’est presque impossible de livrer un truc exploitable. Donc là, je suis la méthode classique avec plan etc.

 

Plutôt nouvelle ou roman ?

Les deux : Je viens de publier ma 35e nouvelle et j’ai écrit la 100e récemment. J’adore les nouvelles. On peut varier les styles, les personnages, les sujets. Même si ma série « Nouvelles noires pour se rire du désespoir » dont la Dent est la première, tourne souvent autour de la mort, j’ai écrit sur des jumeaux qui se mangeaient, des écrivains, des alcooliques, des vieux, des schizophrènes, la dictature, la météo, les chiens etc.

Le roman, ça reste la base, mais ça prend plus de temps et il faut être sûr d’avoir envie de rester avec les personnages. Pour mon premier « Une tarte dans la gueule », on était plutôt dans le fun, pour le deuxième (à paraitre), il est tellement noir que parfois j’en avais la nausée.

 

Pourquoi être indépendant ?

Je suis les deux en fait. Je suis chez Alternatives/Gallimard pour mon livre « Mon collègue est un robot » et en solo pour mes nouvelles noires et mon premier roman.

J’aime bien les deux : j’écris et je publie à mon rythme d’un côté, et je suis aidé pour la distribution et la promotion de l’autre. J’aimerais bien continuer sur ce créneau en gardant indépendance et notoriété.

 

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ce statut ?

Je dirais bien la liberté, mais je ne crois pas que ce soit vrai. Comme le fait remarquer Thierry Crouzet, on n’est pas vraiment libres puisque l’on dépend de plein d’autres gens pour se faire lire : les blogs, les magazines comme l’Indé Panda, les réseaux sociaux et compagnie.

Mais malgré tout, mes textes m’appartiennent et j’en fais ce que je veux. Ça reste agréable.

 

À l’inverse, qu’est-ce qui est le plus dur pour toi ?

Comme beaucoup, j’imagine : le temps passé à essayer de se faire lire, découvrir. Sans qu’il y ait toujours un retour. Soit parce qu’on est maladroit, trop dans la promotion, ou qu’on n’a pas assez de temps, soit simplement parce que nous sommes tellement nombreux…

 

Quel type de lecteur es-tu ?

Boulimique. Je lis énormément. Beaucoup de classiques, de romans noirs, SF, littérature russe et hispanophone. Une centaine de livres par an.

 

Dans ce numéro 3 de L’Indé Panda, tu nous présentes ton recueil de nouvelles « Un monde meilleur », peux-tu me raconter ce qui t’a inspiré ?

C’est une série de 20 nouvelles, qui sans se suivre se passent dans un monde qui pourrait être le notre d’ici 10 à 20 ans. Un monde où Facebook peut décider de ce que l’on peut dire ou entendre. Ou il faut un permis pour avoir des enfants. C’est le volume 2 des « Nouvelles noires pour se rire du désespoir » et c’est parfois drôle, mais souvent noir. Pas mal de lecteurs m’ont fait remarquer que ça faisait beaucoup penser à « Black mirror » donc si vous avez aimé la série 🙂

 

Pour finir, L’Indé Panda, c’est quoi pour toi ?

C’est une belle idée et, un truc important pour moi, ce n’est pas cheap ni sur le fond, ni sur la forme. J’avais bien aimé le volume 1 et lorsque je vois passer certains « recueils » d’autoédités, je perds trois dixièmes tellement les visuels sont moches et font vraiment amateurs. Sans parler du contenu.  Bref, il y a un côté passionné et pro qui me plait beaucoup chez vous.

 

Question bonus de Bouffanges, posée sur notre page Facebook : « Personnellement, je n’ai rien lu d’autre de toi, mais cette nouvelle me donne bien envie. Navigues-tu toujours dans cet univers un peu cynique, ou cela varie-t-il en fonction des textes ? »

« La dent » est ma première nouvelle, depuis j’en ai publié 55 autres dont 35 « Nouvelles noires pour se rire du désespoir »  et les retours sont unanimes : « C’est trop noir, trop déprimant, trop cynique ». Mais c’est plus fort que moi. Et je ne vois pas ça comme du cynisme bizarrement. Je cherche toujours à traiter un enjeu fort, et il me semble que les humains se révèlent dans la chute, dans l’échec. Nous faisons du mieux que nous pouvons et j’aime mettre un projecteur sur nos tentatives. Un ami m’a récemment confié qu’il avait du mal à continuer à me lire : « c’est tellement déprimant qu’on a l’impression que tu nous en veux personnellement ». Quand j’entends ça, il me semble que je fais mouche. Pas parce que j’en veux à qui que ce soit, mais parce que j’appuie là où ça fait mal. Bref, « La dent » est une bluette à côté du reste et décrire un monde noir m’aide à le voir en blanc. Ps: ta nouvelle « Citius Altius Fortius » est magnifique.

Vous pouvez retrouver Valéry Bonneau sur son site.

« La dent » est disponible dans L’Indé Panda no3.

Découvrez « Un monde meilleur » sur Amazon.

Valéry Bonneau avec cadre

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