Actualités·Interview

Interview Bouffanges #2

Bouffanges ayant déjà répondu à une interview « classique » , il va se prêter au jeu du portrait chinois. Merci à lui.

 

Si tu étais un style ou un genre littéraire ?

La littérature ergodique, qui regroupe les textes qui exigent du lecteur qu’il fournisse une part du travail, qu’il devienne acteur de sa lecture.

 

Si tu étais un art ?

Je ne peux pas choisir entre les arts. Choisir, c’est renoncer, et je ne pourrais renoncer ni à Hector Berlioz, ni à René Magritte, ni à Jorge Luis Borges, ni à Camille Claudel, ni à Christopher Nolan, ni aux artistes de cirque ou aux danseurs ; je ne pourrais renoncer à rien de ce qui essaie d’embellir le monde.

 

Si tu étais un livre ?

Fictions, de Jorge Luis Borges. Une révélation vers 18 ans, et depuis, il ne se passe pas six mois sans que je relise l’une ou l’autre des nouvelles qui composent ce recueil.

 

Si tu étais une émotion ?

Le vertige. Cela peut m’arriver à la lecture d’un texte particulièrement puissant (mettons La Bibliothèque de Babel de Borges, par exemple), lors de l’apprentissage de notions très inadmissibles (je pense à certains pans de la physique notamment), ou même simplement lorsque je construis mes histoires et que, soudain, dans le désordre apparent des idées, tout semble parfaitement s’emboîter. J’adore cette sensation, cette émotion fugace.

 

Si tu étais un animal ?

Le hérisson. Potentiellement piquant, mais seulement si on le touche. Fait sa vie sans demander rien à personne. Relativement associable, sans pour autant être malaimable.

 

Si tu étais un végétal ?

Un arbre, n’importe lequel pourvu que ce soit un feuillu. Un cerisier, un chêne, un platane, n’importe quoi dans lequel les enfants puissent grimper et dont ils puissent utiliser les fruits pour au choix, se nourrir, jouer ou s’émerveiller.

 

Si tu étais un sens ?

Qu’est-ce que c’est que cette question ? En filigrane, ça revient à me demander desquels je pourrais me passer… J’imagine que, si je gardais mon esprit parfaitement intègre, je pourrais accepter de me passer de tous ; ou du moins, je ferais comme tous ceux qui sont dans cette situation, je ferais avec. L’odorat je n’en ai déjà presque pas… Le goût, admettons… L’ouïe, ça commencerait à me gêner sérieusement… La vue, certes j’ai la vue perçante d’une taupe, mais quand même, ça peut servir… Le toucher, si on considère que c’est grâce au toucher qu’on peut écrire, alors je garde celui-là.

 

Merci Bouffanges. Nous allons finir sur les deux questions habituelles concernant tes écrits découverts à ce numéro :

 Tu as été sélectionné pour ce troisième numéro avec ta nouvelle « Citius Altius Fortius », peux-tu expliquer sa genèse ?

J’ai découvert il y a quelque temps au hasard d’un article l’histoire de Peter Norman, le « Blanc sur le podium » des JO de Mexico ’68. J’ai été extrêmement ému par le sort de cet homme, retenu par l’histoire comme celui qui n’avait rien à faire là, qui représentait presque l’oppresseur blanc au milieu des deux Noirs qui levaient humblement le poing pour protester ; et qui pourtant avait pris une part non moins grande qu’eux à cet acte historique.

J’avais envie d’écrire sur ce sujet, non pour parler de l’égalité ou de racisme, mais plutôt pour évoquer ce moment très intime, capital, cet instant durant lequel un homme doit choisir son destin, sur une pulsion. Carlos et Smith, en lui posant la simple question « crois-tu en les Droits de l’Homme », l’ont contraint à prendre parti. En répondant immédiatement « bien sûr », Norman a scellé son destin. C’est le même processus qui a nourri l’acte de résistance de milliers d’hommes et de femmes face à l’oppression, quelle qu’en soit la forme, et c’est ce que je voulais décrire.

J’ai passé des dizaines et des dizaines d’heures à me documenter pour ne pas trahir les psychologies de chacun, pour tenter de leur être le plus fidèle possible.

Certains trouveront que cette nouvelle est un peu de la triche, puisqu’elle fait peu appel à l’imagination, mais se contente de s’appuyer sur des faits réels. Je vous prie de croire que c’est pourtant la nouvelle la plus délicate qu’il m’ait été donné d’écrire. L’imagination pure n’a pas de borne ; rendre hommage à des hommes de chair et d’os, c’est une autre paire de manches, et en quelque sorte, une bien plus grande responsabilité.

Bouffanges

 

Tu nous présentes ton roman « Zombies  », peux-tu me raconter ce qui t’a inspiré ?

Eh bien, voilà, je l’espère, un exemple de texte ergodique. Dans une France en tout point semblable à la nôtre, se passe un étrange phénomène : les morts reviennent à la vie. Enfin, à la vie… Mais à la différence des zombies de Roméro et consorts, les miens ne sont absolument pas belliqueux. Ils n’aspirent qu’à reprendre le cours de leur existence, paisiblement.

Le texte se découpe en de multiples fragments de publications, de réunions téléphoniques, de témoignages divers et variés, mettant en scène des personnes qui cherchent chacune à tirer profit de la situation ou à se défiler des responsabilités. La narration est donc totalement impersonnelle, et il n’y a pas vraiment de personnage principal, ou alors ce personnage principal est la collectivité zombie. Soin est laissé au lecteur de se faire son idée sur la situation, d’en juger les aspects et de décider de sa position.

Vous l’aurez compris, ce texte écrit il y a plus de deux ans est une parabole de l’arrivée des réfugiés dans notre pays. Je ne cherchais ni à donner de leçon, ni à imposer une vue, mais simplement à me faire le témoin du brouhaha de la société dans laquelle nous vivons et qui ne fait que substituer à des questions fondamentales des controverses superficielles.

 

Vous pouvez retrouver Bouffanges sur sa page Facebook.

« Citius Altius Fortius » est disponible dans L’Indé Panda no3.  

Découvrez « Zombies » sur Amazon.

 

zombies de bouffanges

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