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Interview Céline Saint-Charle

C’est au tour de Céline Saint-Charle, l’auteure de la nouvelle « Willy », de répondre à nos questions. Merci à elle !

 

Tu as été sélectionnée pour ce troisième numéro avec ta nouvelle « Willy », peux-tu expliquer sa genèse ?

Tout est parti d’un rêve, un de ces cauchemars si épouvantables qu’on en sent encore le goût dans la bouche des heures après s’être levé. Je m’en suis débarrassée de la seule façon que je connaisse : en en tirant une histoire. J’ai gommé les aspects personnels du cauchemar, en ne gardant que le cœur de l’histoire, et j’ai laissé mon imagination faire le reste.

J’avais envie depuis longtemps d’écrire une histoire de ce type, c’est chose faite. Merci les cauchemars !

Céline Saint-Charle

Plus à l’aise dans un registre particulier ? De quoi aimes-tu parler dans tes histoires ?

Je n’ai pas de registre de prédilection, je vais là où mes histoires me poussent. Mais il est vrai que j’aime bien aller gratter dans les coins obscurs, étudier le grain de sable qui fait dérailler le train. Je n’ai aucune patience ni aucune attirance pour les histoires lisses, les romances ou les personnages « normaux ». Ce qui me plaît, c’est de prendre un personnage et de le confronter à quelque chose qui va le faire sortir de sa zone de confort, puis d’étudier ce qui en découle.

J’aime aussi beaucoup le post-apocalyptique, qui me permet de m’interroger sur l’avenir de l’humanité, et ce que ses travers vont causer comme difficultés dans un monde transformé.

Je suis ce qu’on appelait autrefois une « taiseuse », l’écriture parle pour moi.

J’ai toujours peur que mes lecteurs soient perturbés par les différences de genre de mes livres, mais, jusqu’à présent, je n’ai pas eu de plaintes. Pourvu que ça dure.

Quand et comment as-tu commencé à écrire ? Te rappelles-tu ta première histoire ?

J’ai écrit ma première nouvelle vers l’âge de six ans. On y suivait la journée d’un narrateur mystérieux, qui s’avérait être un chat à la fin. J’en étais très fière. Je ne sais pas ce qu’elle est devenue, c’est dommage. J’aurais bien aimé la relire ! J’en ai une qui a survécu au passage du temps, écrite en CM1, très mièvre et maladroite.

Par la suite, j’ai toujours inventé des histoires. Au lycée, pendant les permanences, mes copains me fournissaient un lieu, une époque et un personnage, et je créais une histoire à l’oral. Plus tard, j’inventais des histoires rocambolesques, à épisodes, pour mes enfants. J’ai semé au fil des ans des nouvelles, romans, contes… qui ont disparu dans le naufrage de mes premiers ordinateurs.

Quel est ton rythme d’écriture ?

Chaque fois que je le peux ! (c’est-à-dire jamais assez souvent). Je me libère du temps, que je prends forcément sur autre chose. Je ne regarde jamais la télé, je travaille à 75% et mes enfants sont grands. A la louche, je dirais que je parviens en moyenne à consacrer une quinzaine d’heures hebdomadaires à l’écriture pure. J’ajoute à cela une dizaine d’heures pour tout le reste du travail de promotion et de relations publiques propres aux indés. Pendant les vacances, j’écris tous les jours ou presque.

 

Comment construis-tu ton travail ?

Une grande partie se passe en amont, dans un coin de mon cerveau, qui mouline sans cesse en arrière-plan. Une trame se tisse, le zoom se fait sur les principaux personnages, je prends deux ou trois notes. Et j’attends. Dès que la première phrase explose dans ma tête, je me lance. Ensuite, je suis avec soumission la direction que mon histoire choisit.

Plutôt nouvelle ou roman ?

Les deux, mon capitaine ! En général, je m’aère l’esprit pendant l’écriture d’un roman en écrivant quelques nouvelles, entre deux chapitres. Et, de temps à autre, une nouvelle n’a pas la patience d’attendre son tour et exige d’être écrite, là, tout de suite. Je suis faible, je cède. Et je n’en ai même pas honte.

 

Pourquoi être indépendant ?

Ce n’était pas vraiment un choix au départ, mais le résultat d’une succession de hasards. Je suis indé depuis ma première publication en 2014. Ces derniers mois, j’ai signé dans deux maisons d’édition, pour une trilogie et un roman, ce qui fait de moi un drôle de machin hybride. Mais je ne renonce pas à être indé, ne serait-ce que pour mes recueils de nouvelles, que je compte continuer à publier. J’adore ce format, et je veux croire qu’il trouvera un jour en France la place qu’il mérite.

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ce statut ?

L’indépendance, justement ! Je suis farouchement, presque exagérément, indépendante de caractère, donc l’être en tant qu’auteur ne peut que me plaire. J’aime pouvoir choisir ma couverture, le contenu de mon livre de la première à la dernière page, sans censure, sans contraintes. Par exemple, chaque nouvelle de mes recueils est illustrée par un dessin d’enfant. J’y tiens beaucoup, et être indé me permet de le faire.

D’ailleurs, je trouve que le travail avec les petites maisons d’édition qui ont choisi de me faire confiance se rapproche beaucoup du statut d’indé : j’ai mon mot à dire sur tout le processus. C’est très plaisant.

À l’inverse, qu’est-ce qui est le plus dur pour toi ?

Quand je sue sang et eau pour venir à bout d’un mystère du traitement de textes, ou que je lutte pour créer une jolie bannière pour ma page auteur, je regrette de ne pas avoir quelqu’un qui le fasse pour moi. C’est autant de temps de perdu pour l’écriture. Tout ce qui tourne autour de l’objet livre, post écriture, est terriblement chronophage.

Quel type de lecteur es-tu ?

Boulimique. J’avale quatre à cinq livres par semaine en moyenne. Je ne sais pas vivre sans lire. Si je n’ai pas de livre sous la main, je lis les flancs des boîtes de céréales, les prospectus, les notices d’emploi… Je suis devenue experte pour éplucher des légumes en lisant, sans me couper ni salir le livre. Je sais exactement quoi employer pour tenir ouvert un livre en fonction de son épaisseur et de l’endroit où j’en suis de ma lecture. D’ailleurs, je tiens peut-être un concept, là : je pourrais proposer des formations pratiques sur ce thème !

Dans ce numéro 3 de L’Indé Panda, tu nous présentes ton recueil de nouvelles « Un repas prévu de longue date », peux-tu me raconter ce qui t’a inspirée ?

Tout et rien. Une phrase, une personne croisée dans la rue, un rêve, une situation, un article lu… ça fait tilt, je me dis « tiens… ». J’emmagasine tout dans un coin, je fais mes réserves, comme un écureuil. Un jour où l’autre, ça ressort.

Je ne comprends ni ne maîtrise mon processus de création, je suis plus esclave de mes mots qu’autre chose. D’ailleurs, si vous avez des tuyaux à ce sujet, je vous les échange contre une heure de formation « Lire en vaquant à ses occupations quotidiennes ».

 

Pour finir, L’Indé Panda, c’est quoi pour toi ?

En tant que lectrice, une belle découverte. En tant qu’auteur, une initiative qui me laisse bouche bée. Je l’ai déjà exprimé à plusieurs reprises aux membres de l’équipe, mais je le redis : tant de sérieux, de boulot et de professionnalisme m’impressionnent. Surtout que c’est entièrement bénévole. Je compare forcément avec le processus d’une maison d’édition, et l’Indé Panda n’a pas à rougir, c’est du même niveau de qualité du début à la fin.

Question bonus posée par Loïc sur notre page Facebook : « J’ai bcp aimé cette nouvelle et j’ai aussi surtout eu l’occasion d’en lire d’autres ainsi que ton roman « comme un moineau » que j’ai adoré dans sa noirceur ! Ma question, as-tu d’autres romans sous ta plume en cours ou à paraître ? Et si oui quels en sont les thèmes ?
Et sinon tu serais pas un peu fan de mister King ? (on ressent l’ambiance de la ligne verte dans ta nouvelle). »

Côté parutions, j’ai deux dates à venir : septembre 2017 pour le premier tome d’une trilogie dystopique pour ados et jeunes adultes, intitulée « Les nouveaux temps : la coupole » ; et janvier 2018 pour la reprise de mon roman post-apo « #SeulAuMonde ». J’ai un autre roman dystopique terminé, « Praesidia », sans date de parution pour le moment. Je travaille actuellement à l’écriture d’un polar futuriste, une histoire assez sombre que je traîne dans un coin de ma tête depuis près de deux ans.

Je suis bien évidemment une inconditionnelle de King, je pense avoir tout lu de lui (et relu, et re-relu…). J’adore sa plume, sa façon d’étriller les USA au détour d’un chapitre, et sa vision très objective des travers de son pays. Au-delà des romans qui ont assis sa réputation, il a écrit des livres passés plus inaperçus en France, mais qui valent le coup d’être (re)découverts : Duma Key, Rose Madder, The girl who loved Tom Gordon…

J’ai scotché sur mon écran d’ordinateur une citation de lui sur l’écriture, que je relis plusieurs fois par jour. Si je devais choisir dix bouquins à emporter sur une île déserte, il y en aurait certainement au moins cinq de lui !

 

Vous pouvez retrouver Céline Saint-Charle sur sa page Facebook.

« Willy » est disponible dans L’Indé Panda no3.  

Découvrez « Un repas prévu de longue date » sur Amazon.

Céline Saint-Charle avec cadre

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