Interview

Interview Benoit Toccacieli

Benoit Toccacieli a accepté de répondre à nos questions. Merci à lui !

Tu as été sélectionné pour ce onzième numéro avec ta nouvelle Le futur Goncourt, peux-tu expliquer sa genèse ?

Je commençais à travailler sur un projet de roman dans un nouveau genre, mais je peinais à avancer. Pour m’exercer et établir une routine d’écriture, j’ai commencé à me défouler les doigts et le clavier sur des textes sans prétention, au sujet d’un narrateur qui me ressemble : souvent perdu dans ses pensées, en train de rêver des scénarios à partir de tout et n’importe quoi ou de rejouer des scènes vécues en agissant autrement (ah, ce chef auquel on aurait aimé dire M*rde, cette personne qu’on aurait aimé aborder, ce mot qu’on regrette d’avoir prononcé au mauvais moment, …). Après les avoir utilisés comme exercices d’écriture, je les ai pris comme exercices de correction pour affiner certains détails de style grâce à l’aide de bêta-lecteurs hyper pointilleux (merci Scribay !). Et finalement, pour m’autoriser à passer à autre chose, je les ai regroupés dans un recueil pour les considérer comme terminés.

Le futur Goncourt est le premier texte du recueil. Le narrateur, William, y est encore jeune et étudiant, plein de rêves, notamment celui d’être un jour édité dans une grande maison et reconnu pour ses talents d’auteur. Je cherchais une situation qui me permette de jouer sur le contraste entre ce fantasme et la réalité, et j’ai fait de ce pauvre William un coursier à vélo qui galère pour payer ses études et le loyer de sa chambre de bonne.

Plus à l’aise dans un registre particulier ? De quoi aimes-tu parler dans tes histoires ?

Oui : la littérature générale. Pour mon dernier roman, j’ai essayé d’en sortir et d’aller vers la SF (dystopie). Après moult essais, je suis revenu dans ma zone de confort : les messages de fond que je souhaitais véhiculer à travers l’intrigue s’y exprimaient mieux, avec plus de subtilité et de clarté (à mon goût). J’ai quand même réussi à y intégrer une dose de polar !

J’ai deux dadas qui dessinent le fond de tous mes ouvrages (quatre romans et deux recueils de textes courts) :

– la parentalité. En tant que père au foyer, je me pose pas mal de questions vis-à-vis du lien parent-enfant, et la fiction est un moyen pour moi d’en explorer des réponses. Tous mes personnages ont donc vécu un ‘traumatisme’ ou une rupture avec leurs parents ou leurs enfants : cela me permet d’explorer leurs réactions et d’apprendre d’eux

– l’imagination, et en particulier la frontière entre réalité et fiction, autour de questions telles que « dans un livre, où s’arrête l’une et où commence l’autre ? » ; « la réalité d’un personnage fictif est-elle plus ‘réelle’ que son imagination ? » ; « un rêve ou fantasme qui procure des émotions est-il moins réel qu’un quotidien fade ? » ; … Dans mon dernier roman, cela se traduit aussi dans une dimension symbolique, où, au-delà de l’intrigue, les différents personnages et éléments du récit représentent une allégorie de mon processus créatif.

Quand et comment as-tu commencé à écrire ? Te rappelles-tu ta première histoire ?

Je me rappelle avoir écrit un recueil de ‘poésie’ quand j’étais au primaire. Ma maîtresse (d’école, je précise, si jamais ma femme me lit…) de l’époque m’a proposé de le relier et de le laisser dans la bibliothèque de l’école. Je me souviens juste d’une strophe particulièrement ‘riche’ : Le calcaire se colle partout, mais c’est vraiment tout pour vous, car il se colle surtout là où il y a des remous (inspiration tirée d’une rivière qui passait près de ma maison…). Après ça, j’ai écrit en dilettante. Des correspondances (deux A4 par semaine avec une fille du collège que je n’ai jamais osé aborder en vrai), des pensées, des réflexions philo, des ébauches de roman (dont une dans laquelle j’ai épousé – de façon fictive – ma correspondante du collège)… Et puis un premier roman ‘abouti’, L’Évasion, un peu avant mes 30 ans.

 Quel est ton rythme d’écriture ?

Pour mon dernier roman, j’écrivais tous les jours pendant la sieste des enfants (de 14h à 16h) et en fin de soirée (21h-23h). J’ai tenu trois mois à ce rythme, puis ma routine a faibli, la faute aux aléas de la vie. Maintenant, je consacre toujours environ 2h par jour à l’écriture, toujours autour de la sieste de mon petit, que ce soit pour écrire, corriger, lire autre chose, … Mais je ne vois pas ça comme une obligation (surtout quand mon chat réclame du câlin sur le même créneau : il a la priorité sur mes personnages imaginaires).

Comment construis-tu ton travail ?

Méticuleusement. L’architecture est la partie que je préfère dans l’écriture. J’y passe des mois avant de démarrer le premier jet, le temps de noter toutes les bribes d’idées, les rebondissements, les esquisses de dialogue que je répète sous la douche ou avec mon chat, les évolutions des personnages… J’agence tout ça sur un fichier Word un peu compliqué, j’utilise un tableur pour noter la « tension narrative » de chaque chapitre pour évaluer la dynamique du rythme du récit, je recorrige et réagence la trame, j’ajoute encore des idées qui me viennent en m’endormant, je complète les idées (jusqu’à avoir l’équivalent d’un à deux gros paragraphes pour présenter chaque chapitre)… Puis je laisse mariner quelques mois, et j’utilise ça comme base pour le premier jet. Ce cadre (centré sur l’intrigue) m’aide à être à l’aise en écrivant, à ne pas perdre de temps à savoir comment je vais commencer à écrire mon passage du jour, et surtout à laisser vraiment libre cours à mon imagination dedans pour tout ce qui concerne les personnages. Néanmoins, ceux-ci me font souvent (toujours ?) dévier de ma trame… Ainsi, après chaque chapitre écrit, je réajuste en fonction des nouvelles orientations dictées par les personnages (et j’adore ça : c’est l’occasion de ‘discuter’ avec eux, de comprendre et d’affiner leur psychologie, d’apprendre leur passé et leurs raisons d’agir).

Plutôt nouvelle ou roman ?

Roman, sans hésiter. Je préfère construire une évolution d’intrigue et de personnages que viser une chute. J’aime suivre mes personnages sur la durée, leur laisser la place de vivre plusieurs rebondissements. D’ailleurs, la nouvelle sélectionnée pour cet IDP fait partie d’un recueil qui suit le même personnage d’un bout à l’autre : c’est un mélange entre un album photos (des clichés d’instants de sa vie) et un roman (on le voit vieillir, perdre ses illusions, tarir son imagination…)

Pourquoi être indépendant ?

Pour ne pas avoir à me justifier (ni expliquer pourquoi je suis indé !). Simplement comme ça. J’aime écrire et construire des histoires et des personnages, mais je n’aime pas vendre, et encore moins me vendre et démarcher. Publier en indé est une manière pour moi de tracer ‘rapidement’ et en toute autonomie un point final à mes travaux pour passer à la suite, et de les présenter moi-même aux lecteurs (en marchés ou salons) quand l’envie m’en chante.

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ce statut ?

 Euh… Je n’y ai jamais réfléchi. Je ne le vois même pas comme un statut.

À l’inverse, qu’est-ce qui est le plus dur pour toi ?

Ce qui est le plus dur ? Le diamant, je crois (mais j’en ai pas chez moi, alors disons l’acier. À l’oral, j’aurais pu zozoter et dire que ce jeu de mot était ‘à ssier’, mais là ça passe pas, je m’enfonce dans la nullité, et non, je ne sombrerai pas dans la facilité de la blague en associant « le plus dur » et « je m’enfonce »). Plus sérieusement : je sais pas, je me pose pas vraiment la question. Je me contente de faire les choses comme elles viennent selon le plaisir que j’y prends, indépendamment du statut ou de la difficulté relative.

Quel type de lecteur es-tu ? 

Irrégulier (de 0 livre pendant 3 mois à 1 livre par jour pendant 2 mois) et chiant (j’ai toujours des trucs à critiquer dans ce que je lis, j’analyse beaucoup, même malgré moi). Je lis surtout dans mon style de prédilection, la littérature générale / contemporaine / blanche, avec quelques excursions dans d’autres genres qui m’emballent un peu moins quand même, même en réessayant souvent.

Dans ce numéro 11 de L’Indé Panda, tu nous présentes ton roman Divagations, peux-tu me raconter ce qui t’a inspiré ?

Moi-même. Les dialogues imaginaires que j’ai en permanence avec les personnages qui peuplent mon esprit, les scènes que je m’invente ou me rejoue, … (cf première question, puisque la nouvelle sélectionnée fait partie du ‘roman’ présenté)

Pour finir, L’Indé Panda, c’est quoi pour toi ?

En tant que lecteur, c’est un moyen de m’ouvrir à de nouveaux genres et de nouvelles plumes grâce à des formats courts (et gratuits) : en bon auvergnat que je suis, je ne me sens pas de payer pour un gros pavé d’un genre nouveau et d’un auteur que je ne connais pas si je ne suis pas sûr d’y prendre du plaisir. C’est comme un bon salon du vin : on s’ouvre à de nouveaux terroirs et cépages, on goûte différents échantillons d’un producteur, et si on aime, on lui achète une bouteille ou quatre caisses.

En tant qu’auteur, je vois ça comme une communauté. Je la suivais de loin avant de la rejoindre, et j’avoue avoir appris ou m’être inspiré de certains auteurs à travers leurs profils ou interviews, pour me rassurer sur mes pratiques ou essayer de nouvelles façons de travailler. En la rejoignant, outre la visibilité que cela apporte (partager le sommaire d’un recueil suite à une sélection exigeante offre à mes yeux un gage de qualité pour mes lecteurs), j’ai surtout l’impression de gagner la possibilité de rendre la pareille en partageant mon expérience à d’autres auteurs. Quand on écrit, on est souvent seul, et c’est parfois important de pouvoir partager ou se sentir entouré.

Découvrez Le futur Goncourt dans L’Indé Panda 11

Lisez Divagations sur Amazon

Suivez Benoit sur :

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s