Actualités·Interview·Magazine n°9

Interview Jo Frehel

Jo a accepté de répondre à nos questions. Merci à elle !

 

Tu as été sélectionnée pour ce neuvième numéro avec ta nouvelle « Par amour», peux-tu expliquer sa genèse ?

J’étais désœuvrée, j’avais envie d’écrire mais je ne savais pas quoi. J’ai lu des faits divers pour me donner des idées. J’ai vu qu’un type, en Autriche, avait fait ce que je décris dans la nouvelle. Je ne savais rien d’autre. Je me suis demandé : « Quel genre d’olibrius a pu faire une telle chose et pourquoi ? ». Et j’ai imaginé le personnage et la genèse de son acte.

Jo Frehel

 

Plus à l’aise dans un registre particulier ? De quoi aimes-tu parler dans tes histoires ?

J’aime les histoires qui font bouger dans l’espace et mentalement. Cela va de pair. Ce sont des genres de voyages initiatiques, historiques ou non. Mes héros sont souvent des losers placés dans des situations qu’ils n’ont pas les épaules d’affronter. Et ils vont devoir se dépasser.

 

Quand et comment as-tu commencé à écrire ? Te rappelles-tu ta première histoire ?

J’ai écrit un premier roman il y a seize ans. C’était pour me sortir d’une affaire sentimentale qui m’était arrivée et qui me perturbait beaucoup. J’ai traité cet événement sur le mode humoristique et cette distanciation m’a fait du bien. C’était très personnel et très intime, ce que je n’ai jamais refait par la suite.  Ce roman n’a jamais été édité et ne le sera jamais, mais cela m’a révélé une certaine aisance dans l’écriture et beaucoup de plaisir. J’aime ce que j’écris.

 

Quel est ton rythme d’écriture ?

C’est très inégal mais assez lent. Je n’écris que lorsque mon esprit est disponible pour inventer des histoires. Sur les quatre romans qui sont publiés actuellement, les deux plus gros (cinq cents pages, quand même !) m’ont pris chacun deux ans, La femme de destin, qui est un peu moins épais, m’a pris plus d’un an. J’ai des interruptions de plusieurs semaines, voire d’un ou deux mois.

Parfois en fin de journée, j’ai un quart d’heure à perdre, je me mets à l’ordinateur et l’action avance d’un seul coup comme si mon cerveau avait travaillé à mon insu.

Ce que j’aime, c’est me relire après un temps de pause, et fignoler, travailler la ponctuation, trouver le mot juste, mettre de l’émotion. C’est ma récompense.

 

Comment construis-tu ton travail ?

Je construis très peu. Je connais le début et la fin. Entre les deux, mes personnages mènent une vie très indépendante. Ce sont eux qui décident en fonction de la personnalité, de l’histoire, des sentiments que je leur ai attribués.

Très souvent je me suis attachée à des personnages secondaires qui auraient dû sortir de l’histoire, et ils sont devenus essentiels. Du coup, je me retrouve avec trop de personnages et je dois me décarcasser pour rester en cohérence. Mais j’adore cette surprise d’écrire quelque chose que je n’avais pas prévu !

 

Plutôt nouvelle ou roman ?

Les deux. Quand je n’ai rien sur le feu, je peux me mettre à écrire une nouvelle, vite fait – et j’espère – bien fait ! Parfois aussi, si je suis en panne dans un roman, je peux m’en distraire en écrivant une nouvelle dans un univers complètement différent. Mais le roman reste, tout de même, l’œuvre que j’aime avoir accomplie.

 

Pourquoi être indépendant ?

J’ai eu une mauvaise expérience avec un éditeur, un petit, à compte d’éditeur cependant. Cela s’est bien passé pendant deux ans, enfin pas trop mal, ce n’était pas le Pérou non plus, mais bon, ça allait. La troisième année il a eu des problèmes financiers, et il ne travaillait plus. De plus, j’avais écrit une suite à mon roman Terra Australis (qui s’appelait alors Enfant du rêve) et il ne voulait ou ne pouvait pas l’éditer. C’est alors que j’ai racheté mes droits. Payer pour récupérer son bien, ça fait rager. Je n’avais pas envie de refaire la tournée des éditeurs, ce qui est très éprouvant. Donc je me suis décidée pour l’autoédition. Ceci dit, si Gallimard ou Actes Sud me proposaient un contrat, je ne le refuserai pas !

 

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ce statut ?

Pouvoir se reprendre, sur la présentation ou même sur certains passages qui peuvent être améliorés. J’ai modifié des choses, allégé des passages, interverti des chapitres, après que mes premiers lecteurs m’aient fait des remarques pertinentes. C’est une chose que mon éditeur n’avait jamais consenti à faire. Et puis, il y a la souplesse de pouvoir adapter son prix, gérer ses publications, les retirer, même ! Pas de contrat… Liberté totale !

 

À l’inverse, qu’est-ce qui est le plus dur pour toi ?

Vendre, vendre et vendre ! Communiquer pour vendre et être lue. Qu’est-ce qu’un auteur s’il n’est pas lu ? Or beaucoup de librairies ne prennent pas les indépendants, c’est un problème de ne pas être physiquement présent dans les rayons. D’ailleurs je profite de cette tribune pour dire « Merci Amazon, malgré tous tes défauts ! ». Et puis communiquer est mangeur de temps… Du temps qu’on pourrait passer à écrire.

 

Quel type de lecteur es-tu ?

Ces six derniers mois, j’ai lu une dizaine de romans, c’est déjà pas mal, je trouve. Je lis les indépendants, et il y a des gens qui écrivent superbement. Parfois, aussi, on est déçu par le style, l’histoire. Mais ça arrive aussi chez les éditeurs. Parmi les gens connus, je raffole de ce qu’écrivent Jean Christophe Rufin, Le Clezio, Amin Maalouf, Romain Gary, des romans généreux et qui font bouger. J’aime bien aussi Houellebecq dans le genre prophète.

 

Dans ce numéro 9 de L’Indé Panda, tu nous présentes ton roman « La femme du destin », peux-tu me raconter ce qui t’a inspirée ?

La femme de destin est nourri de mon vécu africain. J’ai passé cinq ans en Côte d’Ivoire dans les années quatre-vingt, en délicatesse avec les autorités françaises. Ce n’est pas autobiographique au niveau des faits qui sont purement fictifs, le pays aussi est fictif même s’il ressemble à certains états de l’Afrique francophone, mais les émotions, les bonheurs, les angoisses sont les miens, l’atmosphère des lieux et de l’époque est restituée, je l’espère. Mon héros fait un parcours éprouvant dans ce pays chaotique et dangereux mais cela va l’amener à écrire… Et ça, forcément, c’est autobiographique.

 

Pour finir, L’Indé Panda, c’est quoi pour toi ?

C‘est une très belle initiative pour que l’auto édition gagne ses lettres de noblesse. Une nouvelle, c’est très révélateur, c’est un exercice plus difficile qu’il n’y paraît. Cela permet au lecteur de découvrir des auteurs qu’il n’aurait jamais eu l’idée d’aller chercher, et de juger sur pièce. Je suis vraiment contente d’avoir été sélectionnée et d’être dans ce numéro 9. Que l’équipe Indépanda en soit remerciée !

 

Découvrez « Par amour » dans L’Indé Panda 9.

Lisez « La femme du destin » sur Amazon.

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Jo Frehel

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