Actualités·Interview·Magazine n°9

Interview Suzanne Marty

Suzanne a accepté de répondre à nos questions. Merci à elle !

 

Tu as été sélectionnée pour ce neuvième numéro avec ta nouvelle « Le bon numéro », peux-tu expliquer sa genèse ?

L’idée d’un monde dominé par les chiffres m’est venue il y a plus de dix ans à la suite d’une conversation surréaliste avec le service client de mon fournisseur d’accès à internet. Quand j’ai voulu me présenter, l’opératrice m’a coupé la parole pour me demander mon numéro de téléphone : j’ai alors réalisé que nous étions tous en train de devenir des numéros, comme dans la série Le prisonnier. Au total l’écriture du court-métrage qui est devenu cette nouvelle m’a pris sept ans. Je le précise, car beaucoup de gens semblent trouver qu’il est facile et rapide d’écrire une nouvelle. Pour moi, ça n’a pas été le cas.

suzanne marty ok

 

Plus à l’aise dans un registre particulier ? De quoi aimes-tu parler dans tes histoires ?

J’ai commencé par publier une comédie, mais je ne compte pas me limiter à ce genre. Le bon numéro est d’ailleurs une dystopie, même s’il y a pas mal d’humour dans ce projet comme dans tous les autres. Mes livres parlent avant tout de la difficulté de choisir sa vie, d’en changer, de lui donner du sens. J’aborde aussi les relations amoureuses : qu’est-ce qui les rend aussi compliquées à notre époque ? Qu’est-ce qui fait qu’une histoire va durer ? Pourquoi le sexe prend-il autant d’importance ? Et surtout, pourquoi l’amour devient-il démodé ???

 

Quand et comment as-tu commencé à écrire ? Te rappelles-tu ta première histoire ?

J’ai aimé lire très tôt, j’ai eu l’idée d’écrire un roman vers 20 ans, mais je ne me suis lancée dans l’écriture de fiction qu’après être arrivée dans le milieu du spectacle, vers 30 ans. C’est là que j’ai découvert les ouvrages d’écriture de scénario, qui ont été un véritable déclic. Par la suite, j’ai suivi plusieurs formations sur le sujet. J’ai commencé le premier tome de La rousse qui croyait au père Noël après un stage d’écriture de long-métrage financé par Pôle emploi. Je n’aurais jamais écrit de roman si je ne m’étais pas formée au préalable à l’écriture de films. C’est sans doute pour cette raison que les dialogues ont une telle importance dans mes histoires.

 

Quel est ton rythme d’écriture ?

Quand je suis en phase d’écriture proprement dite, je travaille quatre à cinq heures par jour, trois ou quatre fois par semaine. Le reste du temps, j’essaie de gagner ma vie, mes livres me coûtant depuis cinq ans beaucoup plus qu’ils ne me rapportent…

 

Comment construis-tu ton travail ?

Je travaille sur plusieurs projets en parallèle. Venant du cinéma, je construis mes intrigues comme un scénariste : fiches personnages détaillées, plan scène à scène qui couvre toute l’histoire, travail sur l’univers, les symboles, etc. Quand c’est terminé, je laisse mariner les projets pendant des mois ou des années puis un beau jour, quand ma muse est bien lunée, je me lance dans l’écriture de l’un d’eux. Au final, il restera à peine la moitié du projet initial. Mais cette longue phase préparatoire m’est indispensable pour obtenir une histoire qui tienne la route.

 

Plutôt nouvelle ou roman ?

J’ai habituellement besoin d’un format assez long pour bâtir une histoire. Je n’ai donc jamais envisagé d’écrire de nouvelles. Le bon numéro est la novélisation d’un projet de court-métrage, trop cher pour être financé. Et comme ils l’étaient tous, je les ai novélisés dans un recueil.

 

Pourquoi être indépendante ?

Parce que j’aime l’indépendance !! Il y a cinq ans, je me suis tournée vers l’autoédition parce que je n’avais pas trouvé d’éditeur. Aujourd’hui, je n’envisage plus de travailler autrement.

 

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ce statut ?

J’aime décider de tout sans demander l’avis de personne, c’est mon côté « control freak ». Tant qu’à ce que quelqu’un se plante en publiant un de mes livres, je préfère que ce soit moi ! J’adore notamment choisir mes titres et faire mes couvertures, même si mes choix ne sont pas toujours judicieux.

Par exemple, je sais maintenant que La rousse qui croyait au père Noël est un très mauvais titre. Même s’il reflète parfaitement le thème et l’humour décalé de la série, son second degré ne fonctionne pas avec un lecteur de passage. Pour les clients des e-librairies, un titre qui contient « Noël » doit se passer pendant les fêtes sinon ils sont déçus. Or aucun des deux premiers tomes ne se passe à cette période, même si le tome 2 commence bien à Noël. Il est trop tard pour changer le titre de la série, mais je ferai plus attention la prochaine fois. Ou pas… après tout, je l’aime moi ce titre !

 

À l’inverse, qu’est-ce qui est le plus dur pour toi ?

La com ! Je cherche la méthode miracle pour communiquer efficacement sur mes livres en m’amusant. N’étant pas fan des réseaux sociaux, je tente le blog d’auteur depuis quatre ans. Je m’amuse indubitablement, mais l’efficacité n’est toujours pas au rendez-vous. Je reste convaincue que seules les plateformes de vente peuvent vraiment donner de la visibilité à un livre indé, via notamment les promotions. Beaucoup d’auteurs qui en ont bénéficié ont vu leurs ventes décoller. La plupart des autres végètent comme moi au fin fond des classements…

 

Quel type de lectrice es-tu ?

Je lis presque tous les jours, de tout, édité ou pas. Mais je préfère les auteurs qui prennent leurs lecteurs pour des adultes plutôt que pour des ados attardés. J’aime aussi les auteurs qui ont de l’humour ; malheureusement je n’en trouve pas beaucoup. Merci à L’Indé Panda d’en dénicher d’excellents de temps en temps !

 

Dans ce numéro 9 de L’Indé Panda, tu nous présentes ton roman « La rousse qui croyait au père Noël », peux-tu me raconter ce qui t’a inspirée ?

La rousse s’inspire de ma propre vie, même si c’est de façon très romancée. Vers 30 ans, j’ai tout plaqué pour devenir comédienne. Ce fut le début d’une grande aventure… et de beaucoup beaucoup d’emmerdements… J’écris cette série pour dire aux lecteurs que choisir sa vie, réaliser ses rêves est passionnant, mais horriblement difficile, contrairement à ce que quelques veinards tentent de leur faire avaler. Pour autant, je ne suis pas convaincue qu’il y a grand-chose d’autre à faire dans la vie. C’est pourquoi je ne regrette absolument rien.

 

Pour finir, L’Indé Panda, c’est quoi pour toi ?

Je crois que les auteurs indés doivent innover pour se faire connaître, sinon nous devrons nous résigner à dépendre de réseaux sociaux de plus en plus voraces. L’Indé Panda est une initiative qui va dans le bon sens. J’apprécie l’évaluation à l’aveugle des textes, qui est un gage de sérieux et d’impartialité. Un grand bravo à toutes les personnes qui s’investissent dans ce recueil !

 

Découvrez « Le bon numéro » dans L’Indé Panda 9.

Lisez « La rousse qui croyait au père Noël » sur Kobo.

Suivez Suzanne Marty sur son blog.

suzanne marty

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