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Interview Bertrand Peillard

 

Bertrand a accepté de répondre à nos questions. Merci à lui !

 

Tu as été sélectionné pour ce huitième numéro avec ta nouvelle « Good Morning America », peux-tu expliquer sa genèse ?

Je suis parti d’une idée absurde. Celle d’un homme enfermé dans des toilettes publiques qui traverse un événement majeur, en aveugle. J’ai choisi le 11 septembre parce que cette tragédie restera à jamais une date incrustée dans la mémoire collective. D’abord par l’ampleur de l’attentat lui-même, puis par sa gestion catastrophique, mais tout autant par les bouleversements sociétaux que cela a engendrés par la suite et que nous subissons encore aujourd’hui. À défaut d’un changement d’air que laissait augurer ce nouveau millénaire, nous sommes entrés dans une nouvelle ère, celle du tout sécuritaire, de la paranoïa aiguë. Le fait aussi que nous venions d’entrer dans le XXIe siècle et que cela ne démarrait pas sous les meilleurs auspices. Par ailleurs, je ne voulais pas décrire ce fait marquant du point de vue de la catastrophe, mais d’un angle extérieur. La chute de la nouvelle est symbolisée en quelque sorte par l’effondrement des Twin Towers. D’ailleurs, l’événement a été si hallucinant, qu’il m’a été difficile de garder le mystère jusqu’à la fin pour le lecteur. Et puis surtout, j’aimais bien l’idée que le type s’en sorte, comme une note d’espoir face à la folie des hommes.

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Plus à l’aise dans un registre particulier ? De quoi aimes-tu parler dans tes histoires ?

Je n’ai pas de registre particulier à proprement parlé, mais j’aime bien titillé la nature humaine, ses petits travers, ses inconséquences, ses contradictions et ses imperfections pour ne jamais oublier que nous resterons à jamais sous la fine couche policée qui nous compose des bonobos. L’humain est une source d’inspiration infinie, justement parce que nous gardons en nous cette part animale. J’écris des romans avec une thématique sociétale (la vieillesse, l’amour…) que l’on pourrait qualifier de littérature blanche que j’alterne avec des genres plus codifiés comme le thriller, le fantastique, plus légers à écrire pour moi. J’aime beaucoup introduire dans mes histoires du fantastique, et notamment dans mes nouvelles parce qu’en littérature tout est possible et que nous aurions tord de nous en priver.

 

Quand et comment as-tu commencé à écrire ? Te rappelles-tu ta première histoire ?

J’ai démarré par des poèmes comme beaucoup, je suppose, puis des chansons vers 13/14 ans. J’ai écrit mon premier recueil de nouvelles POISON vers 17/18 ans. Puis je me suis lancé dans un premier roman dans la foulée, puis un autre…

 

Quel est ton rythme d’écriture ?

Totalement anarchique, mon histoire se construit d’abord dans mon cerveau, les personnages apparaissent, l’histoire évolue au fil du temps, les chapitres sont neuronaux. Puis une fois que l’histoire est bouclée, bien en place dans ma tête, je déménage pour quelques mois dans mon ordinateur jusqu’au point final. J’écris de préférence la nuit où ma concentration est maximum et mon efficacité bien plus performante. Dans tous les cas, il me faut des périodes où je n’écris pas, un repos qui permet de reprendre contact avec sa vie sociale et familiale, parce qu’il ne faut jamais négliger The real life.

 

Comment construis-tu ton travail ?

Pas de plan déterminé, je peux démarrer par la fin puis revenir au début, poursuivre sur un chapitre intermédiaire. Je ne m’impose aucune règle, tout est possible. C’est la magie de l’écriture. Une fois le bouquin terminé, je le laisse mijoter dans un coin deux ou trois mois pour prendre de la distance. Après quoi je démarre les corrections.

 

Plutôt nouvelle ou roman ?

Les deux. La nouvelle reste un des exercices littéraires les plus exigeants qui soit, tout simplement parce qu’il faut aller droit au but et de préférence surprendre le lecteur. Cette nouvelle qui fait partie d’un recueil intitulé FRÉNÉSIE DU NÉANT est un compromis entre nouvelles et mini-romans. Le roman permet la digression, de s’attarder sur les personnages, d’approfondir la psychologie, les sentiments, ce qui représente un travail très différent d’une nouvelle courte dont la chute se doit de rester le « caviar » du lecteur.

 

Pourquoi être indépendant ?

Aujourd’hui, avec les plateformes numériques il est possible pour quiconque de publier ses livres. Cela permet de ne pas expurger le texte, de le livrer au public tel qu’on en a envie avec plus ou moins de bonheur. Et puis il faut le dire, même si j’ai été contacté par de grandes maisons d’édition, l’aventure éditoriale classique n’a jamais abouti jusqu’ici. Peu importe, au  final, le but est de se faire plaisir. Écrire une histoire, la mener au bout. Lorsque j’écris les considérations éditoriales, pub et marketing demeurent totalement absents. Et puis le numérique a changé la donne dans ce secteur très fermé. D’ailleurs, les maisons d’édition fouinent sur les plateformes la sortie des indés et en publient. La sélection s’opère d’abord par les lecteurs, si le livre à de bons retours, ils s’y intéressent. Et puis les textes s’améliorent depuis trois-quatre ans, il y a une sorte de professionnalisation des indépendants et des initiatives qui germent. Des salons de dédicaces, des magazines comme Ebook1D-Magazine en gestation, fait par des passionnés et dont le premier numéro paraîtra au mois de juin 2019 et qui à terme se voudra une référence pour les indés. Une belle aventure en perspective. J’incite lecteurs et auteurs à s’inscrire à la new-letter pour se tenir au courant. Bref les indés s’organisent. Voilà qui est intéressant, si l’on est un peu curieux et actif dans des groupes, cela permet de vaincre cette foutue solitude de l’écrivain.

 

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ce statut ?

La liberté de tout concevoir de A à Z. L’entraide qui existe sur certains groupes littéraires, la convivialité sur les réseaux sociaux. On n’est pas là pour se tirer dans les pattes, bien au contraire, enfin c’est comme cela que je l’envisage. Les auteurs et les lecteurs sont en général très sympas. Pas d’impératifs temporels, on travaille à son rythme et en fonction de ses dispositions. Alors qu’un livre en librairie dispose de 2 semaines pour convaincre, puis disparaît des étals, nos livres eux poursuivent gentiment leur existence dans la silice. Ils peuvent mourir tranquillement puis ressusciter comme par magie 6 mois plus tard. Sans compter que nous vendons du livre dans tous les pays francophones, ça c’est la magie du numérique.

 

À l’inverse, qu’est-ce qui est le plus dur pour toi ?

Cette liberté oblige aussi à être très rigoureux. Un lecteur n’a pas à souffrir des incompétences d’un auteur. Au-delà d’un texte qui peut plaire ou déplaire, celui-ci doit être irréprochable en termes de grammaire, d’orthographe, de syntaxe, de ponctuation. C’est le respect que l’on doit aux personnes qui achètent nos livres. Être indépendant c’est être également éditeur avec toutes ses astreintes. Bien sûr, la correction par un pro coûte cher, mais un auteur est dans l’incapacité de se corriger, il faut un œil extérieur et professionnel, une exigence très formatrice au demeurant sur laquelle je ne fais pas l’impasse. Mais sans doute, le marketing reste la phase la plus chronophage de cette activité autonome. C’est du temps en moins pour écrire, la visibilité est l’étape qui coince pour beaucoup d’auteurs indés ou pas d’ailleurs.

 

Quel type de lecteur es-tu ?

Je lis relativement beaucoup et je chronique sur le Bonoblog Chronicle, les livres qui me plaisent. Beaucoup d’indépendants et de belles découvertes. Cela permet surtout de sortir de sa zone de confort de lecture et de découvrir des genres littéraires variés. Après, j’ai aussi des auteurs fétiches.

 

Dans ce numéro 8 de L’Indé Panda, tu nous présentes ton roman « Le Sanctuaire des éblouis », peux-tu me raconter ce qui t’a inspiré ?

Un chantier colossal, deux ans d’écriture et de corrections. 620 pages au final. Ce qui à notre époque peut sembler démentiel, mais comme il s’agit d’un livre sur la folie, on me pardonnera, j’espère, cet excès frénétique d’écriture.

C’est le dernier sorti, mais que je n’ai pas eu le temps encore de mettre en avant. Voilà qui est fait. Un roman qui se passe dans un hôpital psychiatrique avec des personnages hauts en couleur, il faut dire que le thème s’y prête merveilleusement bien. Je me suis régalé à l’écrire, j’espère que les futurs lecteurs prendront plaisir à le lire. À l’origine une accumulation de personnages un peu dingues difficiles à inclure dans un roman. Puis, un matin en allant chercher des croissants à la boulangerie du coin, j’ai été foudroyé par un éclair. Trois années de coma plus tard, au réveil, l’idée a jailli que le seul lieu où tous ces êtres pathologiques pouvaient se retrouver c’était dans une institution psychiatrique. Je me suis inspiré, en forçant le trait, de mon entourage, puisque chacun de nous porte en lui un petit grain de folie. Bon, désolé, je vous laisse, si un infirmier s’aperçoit que je parle à un Panda, jamais je ne sortirai d’ici.

 

Pour finir, L’Indé Panda, c’est quoi pour toi ?

Le chaînon manquant des librairies. Très peu d’éditeurs se lancent dans cette aventure. La nouvelle est un genre boudé en France. C’est donc une initiative enthousiasmante pour des auteurs indés et une vitrine pour eux. D’autant que les critères de sélection sont rigoureux et les textes que j’ai lus des numéros précédents sont de qualité. Dommage que le genre se heurte à des préjugés. Lire une nouvelle est souvent une bonne surprise qu’il ne faut pas se refuser. Il y a pourtant d’excellents nouvellistes, preuve en est qu’il y a d’innombrables concours dans ce pays, mais les éditeurs ne suivent pas, c’est regrettable. J’en lis régulièrement. Finalement, L’Indé Panda est un pont numérique fait par des passionnés bénévoles qui vient combler une lacune physique. Alors, merci d’exister. Chapeau bas.

 

Découvrez Good Morning America dans L’Indé Panda 8. 

Lisez Le sanctuaire des éblouis sur le site de l’auteur. 

Suivez Bertrand Peillard sur son site.

 

Bertrand Peillard

 

 

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