Actualités·Interview·Magazine n°6

Interview Bouffanges #5

Bouffanges ayant déjà répondu à une « interview classique », à un portrait chinois, à une foule d’interrogations sur ses habitudes de lecture et à la même foule d’interrogations concernant ses habitudes d’écriture, L’Indé Panda a choisi de lui offrir carte blanche pour une tribune sur le sujet de son choix (en rapport avec la littérature, quand même !)

Petit éloge de la nouvelle

Je profite de la tribune que m’offre L’Indé Panda pour parler un peu de mon amour pour ce format si particulier, trop peu goûté en France.
Étonnamment, au pays de Marcel Aymé, de Guy de Maupassant, la nouvelle apparaît aux yeux du plus grand nombre comme un sous-format. La nouvelle ne serait-elle donc qu’un succédané de roman pour auteur besogneux ou feignant ?
Il est vrai qu’à l’heure où la tendance va vers les sagas, les suites, les reboots, les remakes, à l’heure, en d’autres mots, du grand recyclage des idées, il peut paraître inepte de gaspiller une intention pour n’en tirer que quelques pages.
Et il est vrai que dans notre pays, les nouvelles du goût des éditeurs sont le plus souvent ces petites choses rabougries que l’on nomme souvent, à la française, des tranches de vies. Les fondements de la nouvelle, sa profession de foi en quelque sorte, est pourtant à mille lieues de ce triste format. Historiquement, une nouvelle n’est pas un petit roman, pas plus qu’une tranche d’un potentiel roman ; une nouvelle est un condensé de littérature, qui présente en quelques mots une situation, la contord pour proposer un arc narratif extrêmement vif jusqu’à une chute souvent puissante.
Les auteurs anglosaxons et sud-américains se sont approprié le format avec une grande efficacité, proposant des déclinaisons infinies sur ces bases. De Jorge Luis Borges à Ted Chiang, en passant pas des centaines d’autres, il y a du génie dans les moindres lignes. Car la nouvelle a cette exigence : en trop peu de mots, on ne peut se permettre d’en utiliser pour ne rien dire. Chaque mot, chaque phrase doit être ciselée avec attention. Un personnage ne peut être là sans une motivation claire ; une situation ne peut être approximative ; un dialogue ne peut se permettre d’être bavard. Pis encore, à mes humbles yeux, la nouvelle s’appuie sur un outil que délaisse souvent le roman, par nature : l’ellipse. La nouvelle est souvent moins belle de ce qu’elle dit que de ce qu’elle tait. L’auteur laisse volontiers au lecteur le loisir de combler les trous. Plutôt que de lui expliquer la genèse des ressentiments de tel ou tel personnage comme le ferait le romancier (et c’est souvent toute la beauté du roman), le nouvelliste tente de dessiner quelques traits subtils qui permettront au lecteur de s’interroger.
La nouvelle n’exige donc pas le même travail que le roman, que ce soit de la part de l’auteur ou du lecteur, et n’a pas vocation à servir les mêmes intentions.
Certaines histoires sont faites pour être développées sur de longues centaines de pages (un Seigneur des Anneaux en vingt pages serait peut-être bien frustrant), quand d’autres sont faites pour être présentées en quelques centaines de mots.
On me demande régulièrement pourquoi je ne développe pas mes idées en romans (ce que je fais parfois, néanmoins), mais la question elle-même me semble inepte : pourquoi diluer, délayer une idée, quand je peux la condenser en quelques pages ? Qui voudrait écouter cinq heures de discours dont on aurait saisi l’essence en dix minutes ?
Cependant, je crois qu’en France, le chemin vers la reconnaissance de la nouvelle risque d’être très long. Quand je vois les nouvelles récompensées par nos plus hautes distinctions nationales, et celles que récompensent les prix américains, je ne peux m’empêcher d’être peiné.

Peut-être l’initiative de L’Indé Panda pourra-t-elle permettre, en proposant des nouvelles parfois très atypiques, de contribuer à la réhabilitation de ce format littéraire si particulier ? Ce format que j’aime d’amour fou.

Résultat de recherche d'images pour "nouvelle panda"

Merci à Bouffanges pour cette tribune ; nous espérons qu’il nous pardonnera pour l’illustration étrange, mais quand vous tapez « nouvelle Panda » dans google, il se refuse à proposer autre chose que des photos de voiture.

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Une réflexion au sujet de « Interview Bouffanges #5 »

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