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Interview Bouffanges #4

Bouffanges ayant déjà répondu à une « interview classique », à un portrait chinois et à une foule d’interrogations sur ses habitudes de lecture, il nous dévoile à présent tous ses secrets d’écrivain… Merci à lui !

 

As-tu des sources d’inspirations particulières ?

Pas vraiment. Tout m’inspire. Depuis très longtemps, tout petit sûrement, je me sens vigilant de ce qui m’entoure, prêt à me saisir d’un détail qui me touche, qui m’émeut, qui m’intrigue, pour le développer. Assez souvent, je dois reconnaître que mes idées partent d’une déception de lecture ou de spectateur. Une histoire qui partait bien et dont le traitement me laisse perplexe, c’est souvent l’occasion de me l’approprier pour réfléchir à la rafistoler à ma façon.

 

Des habitudes “spéciales écrivain” ?

Pas vraiment non plus. Mon habitude la plus ancienne, c’est celle-là : penser à mes histoires tout le temps, à chaque instant. Je les vois comme de petites plantes en devenir, qui poussent chacune à son rythme, parfois effréné, parfois paresseux.

Avec le temps, cela dit, je prends de plus en plus en main ma façon de m’organiser. Je suis à présent un plan strict pour construire mon travail, et je sens combien cela m’aide.

 

Dois-tu consommer des psychotropes pour écrire ? Si oui, lesquels ?

Non. Je n’ai aucun vice. Ni drogue, ni alcool, ni rien du tout. L’imagination reste, de très loin, ma drogue à moi. Elle m’a toujours semblé plus puissante que tout.

 

Es-tu du genre à écrire toute la journée en robe de chambre et à te laver une fois par semaine ?

Heureusement pour moi, j’ai femme et enfants pour me rattacher à la réalité et m’imposer un semblant de vie sociale. Sinon, en effet, je passerais mon temps dans un état de délabrement physique avancé. Cela dit, pour leur rendre totalement justice, c’est aussi leur présence qui justifie que j’écrive. Quand j’écris, je me dis souvent que c’est une façon de me présenter, humblement et sans fard, devant mes enfants. Un jour, peut-être, liront-ils ce que j’ai écrit, et comprendront-ils pourquoi j’ai toujours peiné à vivre dans la réalité. Et peut-être me pardonneront-ils.

 

As-tu un stylo fétiche ?

Oh que oui. Je suis très matérialiste, j’adore le papier, j’adore les stylos, j’adore le bruit de la plume qui gratte. Malheureusement, je souffre de difficulté à écrire à la main. J’écris terriblement lentement, et j’ai rapidement des douleurs importantes. La crampe de l’écrivain, on appelait ça autrefois. Depuis très jeune, j’écris au clavier. J’ai commencé sur les machines à écrire au bureau de ma mère, et puis la technologie a suivi. A présent j’écris presque aussi vite que je conçois mes phrases, et mes doigts me semblent un correct prolongement de mon cerveau. De plus, j’ai l’habitude de retravailler immédiatement mes phrases et mes paragraphes. Ce serait très difficile sur un papier.

 

Que préfères-tu dans l’écriture ?

La conception. Imaginer, encore et toujours. Mais j’adore aussi la phase de réflexion formelle. J’ai une passion pour l’innovation (ou du moins la recherche) formelle. Choisir la meilleure façon d’envisager une histoire, par la bouche de quel personnage, selon quel plan, c’est vraiment passionnant et ça détermine toute la suite.

Enfin, bien sûr, j’aime avoir écrit.

 

Y a-t-il une chose que tu détestes par-dessus tout dans l’écriture ?

Retravailler. Je déteste ça. J’ai l’impression de perdre mon temps. Je sais que c’est incontournable, mais ça me déplaît.

 

As-tu déjà été frappé du syndrome de la page blanche ? Le redoutes-tu ?

Pas du tout. J’ai plutôt le syndrome des pages à écrire. Parfois, faire le point sur toutes mes idées en cours me donne le vertige, et je me rends compte que je n’aurai pas assez d’une vie pour toutes les écrire, n’en eussé-je plus une seule nouvelle désormais.

En revanche, il est vrai qu’écrire est fatiguant, parfois même éprouvant, et comme beaucoup d’écrivants, j’ai parfois tendance à procrastiner. Ce qui est idiot. Quand on veut écrire, il faut juste écrire, quitte à balancer aux ordures le premier quart d’heure de travail, en le considérant comme un échauffement.

 

As-tu une méthodologie particulière pour écrire ?

Oui. De plus en plus complexe, de plus en plus structurée. Je commence par laisser le temps à l’idée de germer, puis de se trouver une forme qui m’enthousiasme. Puis, quand tout me semble prêt, je rédige une notice d’intention, sorte de bric-à-brac dans lequel j’indique tout ce qui motive l’écriture de ce roman ou de cette nouvelle. Puis je rédige un synopsis, dans lequel je présente l’histoire en détail, chapitre par chapitre, environ au 1:5ème. Ensuite, je rédige les documents annexes, les fiches personnages, tous les documents dont j’aurai besoin pour tout connaître de l’environnement de mon histoire. Et enfin, j’écris.

J’ai oublié de mettre que quelque part durant les premières phases, je me documente, en général beaucoup, et plutôt de plus en plus.

 

Merci Bouffanges. Nous allons finir par quelques questions concernant tes écrits découverts dans ce numéro :

Tu as été sélectionné pour ce cinquième numéro avec ta nouvelle Zugzwang, quelle est sa genèse ?

Je crois me souvenir que le principal point était l’envie d’écrire une histoire dont vous êtes le héros, à la façon de ces romans qu’on lisait dans les années 90. Puis je suis tombé sur ce terme, Zugzwang, et le motif s’est présenté. J’ai voulu parler des enfants Asperger, de leur sensibilité, de leur inadaptation. Et pour parfaire le tout, pour entrer dans la peau du personnage, ce Louis pour qui toutes les règles auquel il s’astreint semblent parfaitement logiques et légitimes, je me suis imposé un nombre de mots précis pour chaque micro-chapitre (64, 256 ou 512 mots selon les chapitres).

Je crois que cette nouvelle n’est pas très lisible, assez médiocre par de nombreux aspects. Mais elle m’est particulièrement très chère.

5 Bouffanges

 

Tu nous présentes ton roman Triumvirat, peux-tu nous raconter une petite anecdote concernant un de tes personnages, un lieu, ton roman en lui-même… ?

Une anecdote, tiens… J’ai reçu assez vite nombre de critiques qui s’élevaient contre mon personnage central, Jacques, que beaucoup ont trouvé terriblement antipathique, imbuvable. Alors que, franchement, je ne trouve pas. Je le voyais comme un type passionné, figé dans les contours de son cerveau, incapable de s’intéresser à autrui c’est vrai, mais pas par indifférence, plutôt par difficulté réelle à l’empathie. Je me suis rendu compte bien plus tard que j’avais dessiné mon premier personnage Asperger.

Au final, autant dans Zugzwang que dans Triumvirat, je suis content de n’avoir jamais fait mention des troubles autistiques des personnages. Le lecteur peut choisir de leur appliquer une étiquette, ou non. À mon humble avis, se savoir Asperger ne change pas grand’chose à leur vie. La question n’est pas tant « comment vivre quand on est Asperger ? », mais plutôt « comment vivre au mieux, avec ce que l’on est. »

 

 

Retrouvez Bouffanges sur Facebook.

Zugzwang est disponible dans L’Indé Panda 5.

Découvrez Triumvirat sur Amazon.

 

triumvirat bouffanges

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