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Interview Mélanie De Coster

Mélanie a accepté de répondre à nos questions, merci à elle !

 

Tu as été sélectionnée pour ce quatrième numéro avec ta nouvelle Lundi matin, peux-tu expliquer sa genèse ?

J’ai rédigé Lundi matin en pensant à tous ces jours où l’on commence à travailler en ayant l’impression que rien de nouveau ne se passe dans notre vie. Cette nouvelle représente toute l’horreur contenue dans la litanie « métro-boulot-dodo », comme un cycle infernal dont il est impossible de s’échapper, quels que soient nos efforts.

Et, pour être tout à fait honnête, je l’ai rédigée un jour où je n’avais vraiment pas envie de me rendre sur mon lieu de travail, alors que je me sentais presque prise au piège dans celui-ci. C’était il y a quelques années, mais cette expérience d’écriture fut un excellent exutoire !

Mélanie De Coster - Lundi matin

 

Plus à l’aise dans un registre particulier ? De quoi aimes-tu parler dans tes histoires ?

De manière générale, je me suis toujours sentie plus à l’aise dans le fantastique, sans doute parce qu’il permet plus de liberté. J’adorerais par exemple rédiger des romans historiques, mais je ne serais jamais sûre de faire porter les bons vêtements à mes personnages ! Tandis que si je place mon histoire dans un monde parallèle, personne ne viendra me dire « non, mais attends, ils mangent des flocons d’avoine violets, c’est totalement impossible ! ». J’aime bien pouvoir faire ce que je veux quand j’écris, même si je me tiens toujours à la logique de l’univers créé. (Et je dis ça alors que l’un de mes derniers projets d’écriture est bel et bien historique… et que j’ai adoré me documenter ! Mais j’ai toujours cette crainte que l’on me traite d’imposteur si je me suis trompée sur un fait ou l’autre…)

Sinon, dans mes histoires, j’aime bien essayer de faire bouger les lignes. Souvent d’une manière subtile, mais j’espère qu’en lisant mes textes, les gens se diront, au minimum, qu’il ne faut jamais juger quelqu’un d’autre au premier regard, ou sur un préjugé… Je crois que c’est vraiment le message principal de la plupart de mes écrits.

 

Quand et comment as-tu commencé à écrire ? Te rappelles-tu ta première histoire ?

Quand j’ai commencé à écrire ? À la naissance, c’est une réponse qui vous convient ? Je ne pourrais pas dire quand j’ai commencé à écrire. J’ai des souvenirs de moi, toute jeune, en train de raconter des histoires ou de les dicter pour qu’elles soient notées. À l’adolescence, je racontais des scénarios invraisemblables à mes camarades d’école. Je me revois encore dans le train en train de faire une excursion, avec l’école ou avec les scouts, avec plusieurs personnes au tour de moi qui attendait que je leur fasse passer le temps de cette manière…

J’ai commencé à dire que je serais écrivain alors que j’étais encore à l’école primaire, ce qui est très présomptueux, quand on y pense. Et j’ai toujours gardé le début de manuscrit de mon premier « roman », une histoire de science-fiction qui se déroulait sur une planète bleue… mais réellement toute bleue. J’avais 11 ans, c’était l’été, et je n’ai jamais continué cette histoire après septembre. Mais quand je la relis, je suis au moins fière d’une chose : j’utilisais du passé simple et il n’y avait presque pas de fautes d’orthographe… C’était déjà pas mal, pour un début, non ?

 

Quel est ton rythme d’écriture ?

Il peut être très variable. Pour tout dire, pendant presque dix ans, je n’ai quasiment plus rien écrit. Mes filles étaient petites, et je me consacrais à elles. J’avais pourtant de nombreux projets à l’époque, mais je ne parvenais plus à retrouver l’espace mental nécessaire pour écrire.

Puis on a déménagé, j’ai maintenant une pièce rien que pour moi, qui me sert de bureau… Et je me suis remise dans le bain avec un Nanowrimo. 50 000 mots écrits sur un mois. J’en suis ressortie épuisée, mais surtout avec la conscience qu’écrire m’avait vraiment manqué. C’était comme si je recommençais à respirer ! Depuis, j’essaye d’écrire à peu près tous les jours et, en tout cas, de ne pas laisser passer trop de temps entre mes périodes d’écriture. Sinon mes personnages s’endorment et prennent la poussière, et ils détestent cela autant que moi !

 

Comment construis-tu ton travail ?

Aïe… Je ne le construis pas, je le plante. Si on suit la grande théorie des écrivains architectes ou jardiniers, je suis plutôt une jardinière. En réalité, j’ai une trame générale dans la tête, je sais où je veux amener mes personnages, quelques endroits ou scènes par lesquels ils devront passer par y arriver, mais dans l’ensemble, je les laisse vivre leur vie.

Par contre, avant de commencer à leur donner la parole, je prends du temps à construire leur univers, à déterminer son fonctionnement, à faire connaissance aussi avec ces personnages, pour connaître leurs forces et leurs faiblesses… Je prends souvent plein de notes que je n’utilise pas ensuite !

 

Plutôt nouvelle ou roman ?

Plutôt roman. J’ai été très nouvelle pendant des années, mais depuis que je suis venu au bout de mon premier roman, je suis tombée désespérément amoureuse de ce format. J’aime avoir le temps de construire mon histoire, passer de nombreux mois en compagnie de mes personnages, à avancer avec eux… Les nouvelles, ce sont des formats courts extraordinaires, mais j’ai plus de mal maintenant à y retrouver ma place.

 

Pourquoi être indépendant ?

Parce que cela permet une certaine rapidité, une grande liberté aussi (oui, c’est un mot que j’utilise souvent). Après, je suis un auteur hybride, j’ai aussi été éditée en format « traditionnel » et, à chaque titre, je me pose la question : je le propose tout de suite aux lecteurs ou d’abord à des éditeurs… Choisir, c’est toujours renoncer…

 

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ce statut ?

Le fait de pouvoir choisir son titre, sa couverture, la manière dont on communique avec les lecteurs. La rapidité aussi : le circuit classique de l’édition peut être assez long.

 

À l’inverse, qu’est-ce qui est le plus dur pour toi ?

Si je vous dis : « le fait de pouvoir choisir son titre, sa couverture, la manière dont on communique avec les lecteurs », vous serez étonnés ? Comme beaucoup d’artistes, je pense, je doute souvent. Ce n’est pas pour rien que j’en suis déjà à ma troisième couverture pour De l’autre côté des mondes (ça, et le fait que je ne suis pas une graphiste). C’est certainement plus simple de laisser quelqu’un d’autre décider (mais je sais aussi par expérience que ce peut également être très frustrant).

Et je ne suis pas non plus une commerciale dans l’âme : je déteste me vendre.

 

Quel type de lecteur es-tu ?

Compulsive, acharnée, passionnée… C’est comme pour ce que j’écris : j’ai tendance à me tourner plutôt vers les romans que vers les nouvelles, parce que ces dernières se lisent trop vite ! Si vous me mettez un gros pavé dans les mains, je suis ravie (une résurgence de mon enfance, où mes parents me limitaient à deux livres par semaine. J’avais intérêt à les choisir épais…).

Question style, je suis très éclectique dans mes choix. En fait, le seul rayon dans lequel je ne sélectionne presque jamais de titre, c’est celui des polars.

 

Dans ce numéro 4 de L’Indé Panda, tu nous présentes ton roman De l’autre côté des mondes, peux-tu me raconter ce qui t’a inspirée ?

Les mondes parallèles, les voyages dans le temps, sont des thèmes qui me fascinent depuis longtemps. Je ne parle dans ce livre que des premiers, mais c’est un sujet que je n’ai sans doute pas fini d’explorer. Et j’avais envie, pour une fois, de héros qui soient un peu différents. Il y avait une question qui sous-tendait l’écriture : si on offrait à un handicapé la possibilité de vivre dans un monde où il possède toutes ses facultés, est-ce qu’il voudrait toujours revenir dans sa vie d’origine ? Et c’est ainsi que mes Bâclés sont passés de l’autre côté des mondes…

 

Pour finir, L’Indé Panda, c’est quoi pour toi ?

Une formidable expérience littéraire. C’est très agréable, en tant que lectrice, de pouvoir ainsi découvrir de nouveaux auteurs, dont je n’aurais peut-être jamais entendu parler sans L’Indé Panda. Et, en tant qu’auteur, c’est aussi une belle reconnaissance de faire partie des sélectionnés qui ont le droit de participer à ce magazine. Comme un critère de qualité…

 

Et la question bonus posée par Iléana sur notre page Facebook : « Bonjour Mélanie,
J’ai adoré ta nouvelle, notamment la chute, excellente. T’es-tu inspirée de notre propre Société (point de vue très personnel, mais que certaines personnes partagent !) ? Si non, comment t’es venue cette idée ? »

Oui, je me suis inspirée de notre société. Dans notre monde, nous prétendons que nous ne travaillons presque plus à la chaîne, mais je ne suis pas sûre que ce soit vraiment le cas. Il y a plein de postes où nous réitérons tous les jours les mêmes gestes sans y trouver du sens, et où l’on a parfois l’impression que rien ne change, même quand on se démène.

Mais j’espère que nous serons de plus en plus nombreux à trouver des solutions pour ne pas vivre ce genre de lundi matin…

 

 Retrouvez Mélanie De Coster sur Facebook.

Lundi matin est disponible dans L’Indé Panda no4.

Découvrez De l’autre côté des mondes sur Amazon.

 

De l'autre côté des mondes de Mélanie Coster

 

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