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Interview Émilie Trévalet

Émilie a accepté de répondre à nos questions, merci à elle !

 

Tu as été sélectionnée pour ce quatrième numéro avec ta nouvelle Avis de passage, peux-tu expliquer sa genèse ?

Sa genèse ? Une série de faits réels, émouvants et dramatiques recueillis auprès de plusieurs personnes, m’a inspiré cette nouvelle dramatique. Ensuite, j’ai tenté de les exprimer au travers du personnage principal.

En toile de fond, je souhaitais aussi évoquer la face sombre du comportement d’un certain milieu médical pontifiant, impossible à dénoncer à l’époque. Il hante encore les mémoires de ceux qui ont vécu ou été témoins d’évènements de ce type.

Les temps modernes ont vu ces comportements abjects disparaître, d’ailleurs en même temps que leurs auteurs…

Émilie Trévalet - Avis de passage

 

Plus à l’aise dans un registre particulier ? De quoi aimes-tu parler dans tes histoires ?

Le registre que j’affectionne le plus est celui de l’aventure humaine où l’âme psychologique du personnage principal se dévoile en nous distillant le précieux retour d’expérience si utile.

Partir d’histoires vraies m’inspire, la vie en est si riche. Observer, écouter, analyser, comprendre relève d’un jeu passionnant où j’apprends beaucoup de la réalité pour la muter en fiction…

J’aime surtout parler de la vie des femmes, de leur développement personnel. Leur sensibilité émotionnelle et affective offre une incomparable richesse d’expressions. Les mettre en scène dans leur vie est passionnant, y ajouter une dose d’érotisme sublime leur charme et leur beauté intérieure…

Que serait la femme sans l’érotisme ? Elle détient le privilège de le conserver à tous les âges de sa vie. Aidons-là, grâce à nos romans, à l’exprimer sans tabou, il est l’expression de sa richesse intime.

Parler des femmes est un univers complexe. L’histoire d’Anahí m’a obligée à écrire une trilogie dont Anahí Confidences n’est que le premier tome !

 

Quand et comment as-tu commencé à écrire ? Te rappelles-tu ta première histoire ?

En sixième nous faisions des rédactions et je prenais beaucoup de plaisir à écrire.

Aux grandes vacances suivantes, j’étais tellement enchantée après une semaine de camping passée au bord de la mer, que j’ai voulu écrire, rien que pour moi, le contenu d’une de ces belles journées… C’était ma première nouvelle, sans le savoir !

 

Quel est ton rythme d’écriture ?

Écrire, travailler mes textes est, dès je suis disponible, une priorité quotidienne.

L’automne et l’hiver sont des saisons qui donnent la teinte à mon inspiration. Je les affectionne pour rédiger mes romans tout en écoutant de la musique. La musique me plonge dans un état psychologique propice à la concentration et m’aide à travailler…

Selon les circonstances, les impératifs de la vie personnelle, la météo, le récit qui est en cours, il m’est possible de passer, de peu de temps à quelques d’heures, et même la journée entière devant l’ordinateur. Il existe quand même une plasticité dans mon emploi du temps. Mais j’avoue que si l’inspiration est forte, c’est trop bon ! Alors je ne compte plus…

 

Comment construis-tu ton travail ?

Mon principe est d’être réceptive à tout en permanence, et de glaner ce qui peut être intéressant un jour où l’autre.

La vie est une mine de propositions de sujets susceptibles de devenir des germes d’inspiration pour écrire un roman, une nouvelle, une pièce de théâtre, un scénario, etc.

La lecture est ma source préférée d’idées et je lis en prenant des notes. Elles sont retranscrites dans des carnets, des dizaines de carnets de « Paroles d’auteurs », conçus comme des bibliographies pour « sourcer » avec précision.

Ces notes sont classées par centres d’intérêt : philosophie, psychologie, sciences humaines, sexualité, histoire de l’humanité, médecine, l’univers, etc.

Pour un auteur ou un livre, il peut y avoir quelques notes seulement, ou des dizaines, voire des centaines. Simone de Beauvoir, elle, a eu droit à un carnet entier !

Ce que je ne vois pas où classer va dans le « collector principal ». Rien n’est perdu !

Sur d’autres carnets, je note à tout venant les idées de créations qui me traversent l’esprit, romans, nouvelles, films, etc. J’ajoute parfois un synoptique ou un descriptif plus élaboré de quelques dizaines de lignes à la mesure de l’inspiration de l’instant.

Issue du domaine scientifique et donc dépourvue de formation littéraire, je relève aussi sur des cahiers une sélection des belles phrases que je lis afin de me constituer un référentiel d’écriture pour essayer moi-même de progresser…

Ça te paraît un peu scolaire non ?

Je me suis constitué ainsi ma façon de collecter, elle me convient et ma documentation est rapide à utiliser. Mais chacun a ça méthode et si elle lui convient, c’est qu’elle est bonne.

Pour ce qui est de matérialiser le sujet à rédiger, j’utilise la méthode des bulles expliquée par Louis Timbal-Duclaux dans son livre L’écriture créative.

Au centre d’une feuille, j’écris dans un cercle le nom du sujet. Ensuite, sans aucun ordre, je tire des rayons vers des bulles satellites. Chacune contient une idée potentielle, et ainsi de suite avec des satellites rattachés aux satellites initiaux.

Je laisse incuber un ou deux jours et reprends le brouillon des bulles pour le réécrire, l’affiner, l’enrichir avec d’autres idées dans de nouvelles bulles ! Il faut pour cela des grandes feuilles.

Le processus de réécriture des bulles peut être repris trois ou quatre fois jusqu’à la maturité recherchée des idées, (il est possible de réaliser ce travail directement avec un logiciel de mind mapping).

Ensuite je rédige le texte directement à partir des bulles sans autre intermédiaire…

Procéder de la sorte permet d’utiliser la richesse de notre subconscient, toujours prêt à nous aider si on apprend à le solliciter ! Ainsi notre cerveau travaille en multidimensionnel. Il est fait pour cela, pour la visualisation qui permet d’avancer vite sans panne d’inspiration et c’est très confortable.

Pour Anahí confidences, la rédaction du premier jet a pris quatre semaines grâce à cette méthode.

 

Plutôt nouvelle ou roman ?

Le roman m’attire beaucoup, j’en ai écrit déjà quatre à suivre et je ne pensais pas du tout écrire une nouvelle jusqu’à l’appel à texte de l’IP4.

Là, une petite voix féminine « bienveillante » (je garde son nom secret, c’est entre elle et moi) m’a suggéré d’essayer.

Après réflexion j’ai accepté. Et ce fut une découverte : le plaisir de choisir un sujet, de rédiger vite, de synthétiser le thème dans un espace limité tout en lui gardant son âme.

C’était très agréable d’écrire ma première nouvelle officielle qui a eu la chance d’être sélectionnée…

Mais l’espace du roman est d’un confort total, pour ne pas dire absolu, car il ne reste plus qu’à laisser vivre ses personnages et à retranscrire.

Une fois l’écriture lancée, un roman est capable de suivre son cours tout seul. La chance me l’a fait découvrir assez vite.

In fine nous ne sommes peut-être, et pour une grande part de nous-mêmes, que des journalistes qui couvrent la vie des personnages qu’ils mettent en scène dans leurs romans ? De toute façon, le subconscient joue un rôle de premier plan dans la créativité de chacun et à l’insu du titulaire, alors laissons-le s’exprimer car il est un outil précieux…

 

Pourquoi être indépendant ?

Ce statut donne l’avantage de pouvoir tout faire soi-même, même si c’est difficile. Être indépendante m’offre la liberté de choisir mes sujets et de les développer comme je le souhaite, puisqu’écrire est avant tout un plaisir !

Ce ne serait pas le cas avec un éditeur où le plus souvent prime la recherche d’un résultat commercial au travers uniquement de ce qui se vend.

Les conséquences de cette politique sont lisibles, elles aboutissent à une planéité des œuvres littéraires disponibles dans les rayons des libraires…

 

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ce statut ?

Ne pas être enfermée, dans la prison du système et de son règlement, libère un espace de créativité totale du fait de l’absence de contrainte d’écrire du bankable. La télévision, avec son résultat culturel médiocre, a montré l’exemple à ne pas suivre.

Quand on lit les nouvelles publiées dans L’Indé Panda et en amont les œuvres de leurs auteurs, on est convaincu de la qualité novatrice du statut indépendant.

Les indépendants représentent, s’ils se réunissent tous, un potentiel de richesse littéraire unique et révélateur de talents. Le germe du renouveau de la littérature originale est dans cette direction. Et, il est impossible de démontrer le contraire. Alors c’est un univers très attirant !

Un autre point de vue. La vie fait que sommes tous issus de structures fermées où la liberté n’est qu’illusion : famille, école, université, travail, état, etc. Aucun domaine de réelle liberté n’existe à ce niveau. Donc, c’est à nous d’inventer nos espaces de liberté : arts, littérature, musique, peinture, cinéma indépendant, danse, etc.

Et peut-être faut-il rappeler que la liberté est inscrite dans notre cerveau premier, le grand guide de nos aspirations !

 

À l’inverse, qu’est-ce qui est le plus dur pour toi ?

Les adeptes de l’auto-édition partagent de toute évidence le point noir commun qu’est la promotion. Les auteurs indés sont peu visibles ou même pas du tout !

Le lectorat existe, mais c’est la rencontre qui ne se fait pas encore. Oui, pas encore, car je crois beaucoup au potentiel d’un « mouvement » majeur comme celui de L’Indé Panda, et je suis d’autant plus confiante qu’il est animé par une jolie bande d’auteurs passionnés, dévoués et encourageants pour les autres !

Une petite suggestion, si je puis me permettre, serait que chaque participant, à ce « mouvement » nourrit par la publication des auteurs de nouvelles, lise les œuvres des autres auteurs et en fasse écho sur les réseaux sociaux. La diffusion pour chaque indé et donc pour tous serait grandement amplifiée…

 

Quel type de lecteur es-tu ?

Une dévorante !

Depuis l’enfance j’apprécie la lecture des classiques : très tôt je lisais Tchekhov, Tolstoï, Baudelaire, Chateaubriand, Victor Hugo, Jules Vernes, George Sand, etc. De façon habituelle j’ai toujours un ouvrage d’un de ces auteurs en toile de fond de mes lectures.

Je lis aussi avec intérêt la littérature contemporaine, et j’ai surtout une grande attraction pour les ouvrages qui mettent en scène les comportements psychologiques des humains. Lire des nouvelles est un vrai plaisir et permet d’ouvrir des fenêtres sur un nombre immense de nouveaux sujets. À mon sens, les nouvelles tiennent un vrai rôle éducatif pour les lecteurs.

 

Dans ce numéro 4 de L’Indé Panda, tu nous présentes ton roman Anahì : Confidences, peux-tu me raconter ce qui t’a inspirée ?

Il était une fois une merveilleuse adolescente qui m’a ouvert son cœur et livré des confidences intimes… Ses paroles faisaient écho à celles entendues dans la bouche d’autres filles.

Elle évoquait avec sincérité les problèmes de cette période difficile de la vie, où la jeune femme perd les privilèges de son enfance, sans bénéficier encore de ceux de l’adulte. Une époque de la vie sous-tendue fortement par le tumulte des émotions et le début de la vie sexuelle avec des attirances parfois contradictoires et culpabilisantes.

Cette jeune personne était si attachante, si représentative des autres filles de sa génération, que j’ai souhaité en faire une porte-parole des adolescentes, pour contribuer à les aider dans leur développement personnel. C’est grâce à cette très jeune femme, elle n’avait que 16 ans à l’époque de notre rencontre, que Anahí Confidences est née…

 

Pour finir, L’Indé Panda, c’est quoi pour toi ?

Je résume en quelques phrases, elles sonnent un peu comme des slogans !

Une découverte essentielle et encourageante, un futur possible pour les indépendants s’ils s’entraident pour se faire connaître.

Un « mouvement » qui a tout le potentiel pour démontrer que le renouveau de la littérature talentueuse est du côté des auteurs indépendants !

Une famille littéraire amicale capable de stimuler l’énergie individuelle.

Une communauté de personnes créatives et talentueuses dont la lecture des œuvres m’apprend beaucoup.

Un lieu d’échange et de soutien pour les auteurs indépendants.

Un porte-parole qui, à terme, dissoudra l’obstacle de l’invisibilité pour les auteurs indépendants.

L’emblème de la force vive des indépendants portée par de belles personnes, bienveillantes envers les autres, amicales et dévouées.

Et merci aux personnes qui ont eu l’idée géniale de créer L’Indé Panda !

 

Et enfin, voici la question bonus posée par Iléana sur notre page Facebook : « Tes personnages, que ce soit dans Avis de passage ou tes autres romans, respirent « l’humanité ». Je suppose donc que tu dois toi-même ressentir beaucoup d’empathie pour les êtres vivants… As-tu quelques conseils à nous donner pour nous ouvrir à la beauté de la vie et ainsi, pouvoir transmettre cela à nos personnages dans nos propres écrits ? Merci ! »

Merci pour ce beau compliment qui me va droit au cœur…

L’empathie possède de multiples visages. Ici, je ne peux qu’exprimer brièvement ma perception. Les autres regards ont autant de valeur, naturellement.

À mes yeux, l’empathie est la plus belle des compétences humaines laïques, car c’est elle qui anime la bienveillance. Et, les personnages de nos fictions (pas si fiction que cela d’ailleurs) peuvent jouer en grand la « partition » de l’empathie pour véhiculer les messages positifs.

Installer l’empathie dans un récit relève des mêmes nécessités, à mon sens, que dans notre vie.

Les personnages ont besoin d’accéder mentalement à un espace d’accueil commun virtuel (ou même réel), où se feront les échanges et dans lequel s’exercera l’écoute attentive et respectueuse de l’autre. Sans aucun jugement réflexe…

L’empathie se développera dans ce lieu, dans la mesure où on ne restera pas centré sur le cadre rigide de son Moi dont il faut réussir à s’éloigner (culture, éducation), écran partiel ou total, qui entrave la perception de l’autre et bloque la possibilité de capter ses émotions. Le principe est bien sûr réciproque, tout en pouvant être décalé dans le temps.

À dessein, j’utilise le terme de compétences humaines laïques, car il parait indispensable de se libérer de sa mauvaise éducation, pour accéder à l’empathie.

Notre éducation nous conduit à un système de pensée réflexe, enseigné par la religion, l’école, la famille, le fonctionnement de l’état, où partout domine le punitif…

Le résultat est décevant ! Nous sommes conditionnés à être dans le jugement permanent de l’autre, d’où une entrave à l’expression de l’empathie, dont le potentiel existe pourtant dans chaque humain.

Dans la littérature, l’empathie n’a pas pour but de mettre en scène des univers de Bisounours, mais de créer « des élans porteurs », grâce à nos personnages qui progressent humainement malgré l’adversité de la vie…

La pratique de l’empathie n’a pas de limite. Elle s’étend aussi à tout le domaine du vivant, animal, végétal, environnement, tout est lié, toute vie est respectable, et y compris celle de la planète qui nous porte…

Ne serait-ce pas là une approche de la beauté de la vie ?

Je le souligne de nouveau, tout cela n’est que mon regard…

 

 

Retrouvez Émilie Trévalet sur Facebook.

Avis de passage est disponible dans L’Indé Panda no4.

Découvrez Anahì : Confidences sur Amazon.

 

Anahi Confidences de Emilie Trévalet

 

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