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Interview Françoise Blanchard

Françoise a accepté de répondre à quelques questions, merci à elle !

 

Tu as été sélectionnée pour ce quatrième numéro avec ta nouvelle La princesse P125, peux-tu expliquer sa genèse ?

Le jour où j’ai constaté que l’on éditait encore des contes d’autrefois dans leur jus si je puis dire, avec des héroïnes cantonnées aux tâches ménagères et des morales désuètes, j’ai décidé qu’il était hors de question de faire de Blanche-Neige un modèle pour ma fille. Je me suis donc lancée dans l’écriture d’un texte qui reprend le format et les codes du conte, mais qui délivre un message nouveau avec sa conclusion que j’espère inattendue.

Françoise Blanchard - La princesse P125

 

Plus à l’aise dans un registre particulier ? De quoi aimes-tu parler dans tes histoires ?

En dehors des contes dont j’aime transgresser les codes, j’écris de la SF, car c’est un genre qui me permet de scénariser l’avenir à partir des décisions cruciales que nous faisons aujourd’hui. Où va nous mener la surconsommation ? Que restera-t-il une fois qu’on aura exploité toutes nos ressources fossiles ? Et si demain, à l’instar de l’eau de source, l’air respirable devenait une marchandise ? Et ainsi de suite. Les possibles sont infinis, mais une certitude demeure : notre mode de vie actuel n’est pas durable. Je suis convaincue que la fiction peut jouer un rôle dans la discussion à engager autour des grands enjeux d’aujourd’hui.

 

Quand et comment as-tu commencé à écrire ? Te rappelles-tu ta première histoire ?

J’étais à l’école primaire. Le cahier était grand, bleu, à carreaux et à spirale. Mon premier texte était un poème sur un poisson rouge. Plus tard, à l’adolescence, j’ai eu une période de « conteuse » ; je racontais mes histoires à mes petites sœurs et à leurs amies, le soir, sous la couette. Des histoires d’amazones, de sirènes, de princesses égoïstes et de bergers transis…

 

Quel est ton rythme d’écriture ?

Combien de kilomètres parcourt une tortue par heure ? Voilà. C’est ça mon rythme d’écriture. J’admire celles et ceux qui parviennent à pondre mille mots d’une traite. Je dois me faire violence pour écrire. Mais n’oublions pas que l’important, comme le dit la fable, c’est de terminer la course. À son rythme.

 

Comment construis-tu ton travail ?

Quand une idée germe, j’en prends note dans un cahier. Puis je laisse mijoter. Un mois, un an… le temps qu’il faut. Entre temps je travaille sur des projets plus avancés. Une fois que l’idée a suffisamment mitonné, le texte peut sortir d’un coup. J’écris de façon linéaire, mais cela n’empêche pas une grande séance de découpage-recollage (montage si vous voulez) à la fin, histoire de dynamiser le récit.

 

Plutôt nouvelle ou roman ?

Nouvelle à fond ! Je fais dans le minimalisme. Si une histoire peut être racontée avec 10 K mots, pourquoi en écrire 40K ? Ce n’est pas là une question de paresse. Je traque le terme inutile, la broderie, la superficialité. J’apprécie la phrase économe, qui dit beaucoup en peu de mots.

 

Pourquoi être indépendant ?

D’une part, mes écrits ne rentrent pas dans les formats des maisons d’édition, ces petites cases étriquées dont il faudrait respecter les normes pour décrocher un contrat. D’autre part, je mène en marge de mes projets une réflexion sur la création littéraire en générale, et la souveraineté éditoriale ne semble pas s’accorder avec l’idée que je me fais d’une littérature libre.

 

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ce statut ?

La liberté du choix du sujet et du format. En l’absence de censure éditoriale, le dernier mot revient aux lecteurs, et je trouve ça formidable. Pour une fois que l’écrémage se fait par le bas !

 

À l’inverse, qu’est-ce qui est le plus dur pour toi ?

Mis à part l’écriture même ? Rien. Pour l’instant. J’ai la chance d’avoir des lecteurs extrêmement bienveillants !

 

Quel type de lecteur es-tu ?

Mes lectures reflètent un peu mes humeurs, mon état d’esprit du moment. La question que je me pose avant de commencer à lire est la même qu’avant de cuisiner : bon, de quoi ai-je envie aujourd’hui ? (La question suivante est toujours aussi la même : bon, qu’est-ce que j’ai dans mon frigo/sur mon étagère ?) Résultat : plusieurs livres en cours en permanence.

 

Dans ce numéro 4 de L’Indé Panda, tu nous présentes ta nouvelle Plante, peux-tu me raconter ce qui t’a inspirée ?

C’est mon pouce pas vert du tout qui m’a inspiré cette nouvelle. Je n’arrive pas à soigner mes plantes comme il faut pour qu’elles prospèrent. C’est désespérant. J’ai donc imaginé mettre en scène cette tare de façon humoristique. Au final, je me suis retrouvée avec un récit post-apocalyptique beaucoup plus politisé que prévu.

 

Pour finir, L’Indé Panda, c’est quoi pour toi ?

C’est le Panda charmant et vaillant qui part à l’aventure, qui découvre des trésors, et qui les partage généreusement. Comment ça, ce conte n’existe pas ? Il va falloir l’écrire alors…

 

Question bonus posée par Bouffanges sur notre page Facebook : « Alors, moi j’ai beaucoup aimé cette nouvelle, très fraîche au milieu d’autres parfois plus sombres ou cradingues (je suis un peu coupable, d’ailleurs). Mais je n’ai encore rien lu d’autre de toi, alors voilà ma question: écris-tu toujours dans cette tonalité, un peu festive, un peu humoristique, ou était-ce juste une pulsion ? »

Merci d’avoir apprécié la nouvelle ! Il n’est pas exclu que je sois dans une certaine mesure bipolaire. J’oscille entre des récits légers et amusants (contes, réécriture de contes, histoires pour la jeunesse) et des textes dystopiques beaucoup plus pessimistes (mais c’est le propre de la dystopie aussi !). Peut-être est-ce le reflet d’une certaine volonté à ne voir la vie ni en rose, ni en noir. Malgré une actualité bien sombre, l’espoir d’une continuation heureuse de l’aventure humaine reste permis.

 

 

Vous pouvez retrouver Françoise Blanchard sur Twitter.

La princesse P125 est disponible dans L’Indé Panda no4.

Découvrez Plante sur Feedbooks.

 

Plante de Françoise Blanchard

 

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