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Interview Caroline Giraud

Caroline Giraud, l’auteur de la nouvelle « Les étudiantes fauchées ne prennent pas le taxi » a accepté de répondre à nos questions. Merci à elle !

Tu as été sélectionnée pour ce troisième numéro avec ta nouvelle « Les étudiantes fauchées ne prennent pas le taxi », peux-tu expliquer sa genèse ?

C’est une question un peu délicate, étant donné le thème de la nouvelle. Je n’ai pas envie d’en dire trop, mais de ce fait vous comprenez que l’histoire n’a pas été totalement inventée. C’est une réalité qu’il faut faire connaître, parce que les réactions décrites ne sont que rarement volontaires, et généralement les personnes qui tiennent ces propos ne s’en rendent pas compte. C’est arrivé à tout le monde, je pense, et moi y compris, d’avoir un regard très déplacé, réprobateur ou odieux, envers une fille qui serait légèrement habillée. Il faut donc se remettre en question et s’habituer à ne plus avoir ces réflexes qui n’ont pas lieu d’être.

Caroline Giraud

 

Plus à l’aise dans un registre particulier ? De quoi aimes-tu parler dans tes histoires ?

Je me concentre toujours sur l’aspect philosophique de ce que j’écris et m’intéresse en particulier à la psychologie des personnages. Mes personnages se retrouvent souvent face à des choix difficiles à faire en fonction de leurs habitudes, de leur caractère ou de leurs valeurs. L’intrigue que je mets autour est donc en général très secondaire, elle est une façon d’illustrer par l’exemple une thèse philosophique qui me semblait intéressante à diffuser à des lecteurs de romans.

 

Quand et comment as-tu commencé à écrire ? Te rappelles-tu ta première histoire ?

J’ai commencé à écrire dès que j’ai su écrire, des histoires de Pokémon. Ma première histoire qui se voulait un roman était celle d’un loup-garou dans un collège. Je devais avoir 10 ans, et je ne me souviens plus du titre.

Quel est ton rythme d’écriture ?

Je ne m’impose pas de rythme. Ecrire est une activité que je fais parallèlement à d’autres activités, et elle n’est pas mon occupation privilégiée. J’ai des périodes pendant lesquelles je vais ne faire qu’écrire et être incapable de faire autre chose pendant un mois, et peut-être écrire un roman de 400 pages en entier… ça a d’ailleurs été le cas de La Loi de Gaia, dont la première version a été écrite en exactement un mois. Puis, pendant deux ans, je suis capable de ne plus rien écrire du tout. Mais depuis que j’ai commencé à mieux m’impliquer dans l’autoédition, je me force à écrire beaucoup plus régulièrement, pour ne plus laisser de côté cette activité qui m’apporte beaucoup.

 

Comment construis-tu ton travail ?

Je suis une maniaque de l’organisation. Je fais d’abord un résumé global, puis je découpe en chapitres, puis je fais un résumé détaillé des chapitres, puis je relis ces résumés pour essayer de lister les incohérences. Ce n’est qu’après avoir construit un schéma extrêmement précis que je me mets à écrire.

Plutôt nouvelle ou roman ?

Eh bien… roman, sans aucun doute, puisqu’avant l’Indé Panda je n’avais jamais écrit de nouvelle. Les étudiantes fauchées ne prennent pas le taxi est ma toute première nouvelle, que j’ai écrite spécialement pour cette occasion. En revanche, mon premier roman a été publié à compte d’auteur quand j’avais 13 ans. Donc j’ai déjà plus de dix ans d’écriture de romans derrière moi.

 

Pourquoi être indépendant ?

Depuis plusieurs années, je m’ennuie profondément de mes lectures, et je n’avais pas ouvert autre chose que de la philo ou de la littérature classique depuis longtemps. C’est en me mettant à lire des auteurs indépendants que le goût de la lecture m’est revenu : j’ai trouvé des choses qui sortaient des normes, des livres plus intéressants, plus risqués, qui ne cherchaient pas forcément à copier le modèle du best-seller. Bien sûr, il y en a aussi, mais j’ai surtout enfin trouvé des romans avec un véritable travail d’écriture, et je commençais à désespérer d’en lire… J’ai donc trouvé avec l’autoédition une porte de sortie pour m’investir vraiment dans le type de littérature qui me plaît, alors que parallèlement un gros éditeur, tout en reconnaissant la profondeur et la « présence de l’écriture » d’un de mes romans, me suggérait quelques modifications pour le faire mieux entrer dans les attendus du grand public, ce qui m’a profondément répugnée.

 

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ce statut ?

Tout ! J’ai vraiment trouvé chaussure à mon pied. J’ai d’abord été contente de pouvoir vendre mes romans à un prix raisonnable, contrairement à mes autres expériences en maisons alternatives. Je pouvais également faire la couverture moi-même, ce à quoi je tiens beaucoup, ainsi que la promotion et c’est quelque chose que j’aime faire aussi. Mais surtout, j’ai pris un plaisir incroyable à me lancer dans une défense acharnée des auteurs indépendants, à partir de mon blog, de mes lectures, et de ce que je peux apporter dans mon lycée en tant que professeur.

 

À l’inverse, qu’est-ce qui est le plus dur pour toi ?

La même chose que les autres, je suppose : être obligée de me justifier sans arrêt sur le fait que c’est un choix, que l’autoédition n’est pas l’outil des mauvais auteurs narcissiques qui veulent absolument se publier alors qu’ils sont nuls. Ce qui est le plus dur, c’est d’avouer que je n’ai pas choisi cette voie par dépit mais parce qu’elle me correspond plus, moi qui en général aime garder le contrôle sur tout. Le manque d’approbation et pire, le fait que beaucoup de personnes nous soupçonnent immédiatement de mentir pour couvrir le fait que nous ne sommes pas de vrais auteurs est très lourd (au sens le plus vulgaire du terme).

 

Quel type de lecteur es-tu ?

Un lecteur un peu particulier, d’après les retours que j’entends. Je n’aime pas vraiment me laisser porter par l’histoire, ni m’évader. Je ne vois pas la lecture comme un divertissement mais comme un moyen d’ouvrir de nouvelles réflexions, de nous faire changer de point de vue sur nous-mêmes et sur le monde. Mais j’ai aussi beaucoup de plaisir à lire une écriture : c’est au style que je vais décider très vite si je lis un roman ou pas, et beaucoup moins au résumé. Il faut que l’écriture soit recherchée et travaillée. J’ai un faible pour les métaphores poétiques…

 

Dans ce numéro 3 de L’Indé Panda, tu nous présentes ton roman « La loi de Gaia », peux-tu me raconter ce qui t’a inspirée ?

Quand j’étais en Terminale, j’ai été fascinée par les écrits d’un juriste que nous avions évoqué en cours de philosophie. Carl Schmitt reprochait aux guerres dites « humanitaires », la guerre pour le Bien, pour la justice ou même pour la paix, d’être en fait plus sanglantes que les guerres faites pour des motifs banals comme l’extension du territoire ou le désir de montrer sa puissance. Attaquez un pays pour gagner un peu de territoire : vous ne considérerez plus l’ennemi comme un obstacle à partir du moment où il aura déposé les armes, puisque vous serez déjà vainqueur ; considérez-le comme un individu inhumain qui renie la paix : vous aurez bien plus de mal à l’épargner, puisqu’il sera perçu comme un être méprisable, inférieur à votre civilisation. C’est de cette idée qu’est née la Loi de Gaia, une loi qui autorise la torture sur les prisonniers de guerre, parce que cette guerre était celle du Bien contre le Mal, et que les rescapés représentent le Mal absolu. Donc La Loi de Gaia ne m’a pas été inspirée par les attentats, contrairement ce que les lecteurs ont eu de bonnes raisons de croire : j’ai juste dramatiquement écrit un livre prémonitoire des événements actuels.

 

Pour finir, L’Indé Panda, c’est quoi pour toi ?

C’est une initiative courageuse qui s’inscrit dans les objectifs que je me suis fixée en me lançant dans l’aventure de l’autoédition : promouvoir cette forme d’édition et ses auteurs, qui sont beaucoup plus intéressants parce que plus variés que ceux de l’édition traditionnelle.

 

Question bonus posée par Jeanne Sélène sur notre page Facebook : « J’ai beaucoup aimé la narration à rebours de ta nouvelle. Qu’est-ce qui a su t’inspirer pour cette forme plutôt originale ? »

Eh bien… bravo, tu me poses une colle ! Je ne me souviens même plus du moment où j’ai eu l’idée de faire la narration à l’envers. Ce que je peux dire, c’est que plusieurs fois, au sujet de mon roman « La loi de Gaia », des lecteurs m’ont parlé d’un film que je ne connaissais pas, « Memento » je crois, qui alterne des scènes dans l’ordre chronologique et des scènes inversées. Plusieurs fois on m’a dit que j’aurais pu faire la même chose dans mon roman, donc j’ai dû transposer sur ma nouvelle.

 

Vous pouvez retrouver Caroline Giraud sur Facebook.

“Les étudiantes fauchées ne prennent pas le taxi” est disponible dans L’Indé Panda no3.

Découvrez « La Loi de Gaia » sur Amazon.

Caroline Giraud avec cadre

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Une réflexion au sujet de « Interview Caroline Giraud »

  1. Merci pour cette réponse !
    C’est amusant, car mon projet en cours alterne justement des scènes dans l’ordre chronologique et des scènes inversées et pourtant, je ne connais pas non plus ce film !

    J'aime

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