Actualités·Interview

Interview Philippe Deniel

Au tour de Philippe Deniel de répondre à nos questions.
Merci à lui.

Tu as été sélectionné pour ce premier numéro avec ta nouvelle « Photos volées », peux-tu expliquer sa genèse ?

En fouinant un peu sur le net, je suis tombé sur un site qui collectionnait les photos « surnaturelles » avec des fantômes dessus. Sur l’une d’elles, il y avait un « fantôme » (photoshopé ou pas) qui avait l’air un peu immature.
A la même période, j’ai vu la série « paranoia agent » de Kon Satoshi dont l’un des épisodes présente des personnages.  On apprend à la fin qu’ils sont morts et sont des fantômes et justement ils s’amusent à pourrir les photos de visiteurs d’un site touristique. Je me suis dit que j’allais reprendre l’idée.
Je crois que cela s’est un peu mélangé aussi avec une vidéo prise sur les caméras de surveillance du château d’Hampton Court où un curieux personnage vêtu comme Henri VIII ferme une porte de secours laissée ouverte. Un peu comme si l’esprit du roi défunt disait « Fermez cette porte, nom de nom !!! ».

 

Plus à l’aise dans un registre particulier ? De quoi aimes-tu parler dans tes histoires ?

Je n’écris que de l’Imaginaire (du SFFF) même si je me suis un peu aventuré sur le Western pour un AT.
J’ai une sale manie qui consiste à mélanger les genres même si cela ne se voit pas trop dans « Photos Volées ». C’est aussi un texte un peu plus court que ce que je fais normalement (je fais plus dans le 30ksignes – 45 ksignes).
Mais globalement, j’aime écrire ce que j’aime lire.

 

Quand et comment as-tu commencé à écrire ? Te rappelles-tu de ta première histoire ?

Je fais beaucoup de jeux de rôles depuis fort longtemps. L’idée d’écrire m’a longtemps trotté dans la tête mais je n’avais jamais franchi le pas. En plus, je suis de formation scientifique et je ne me sentais pas légitime pour un truc aussi « littéraire ». En 2002, j’ai finalement soumis un texte à un concours organisé par le site web « la 85ème dimension » (devenu actusf.com depuis) et j’ai eu la surprise de remporter un prix spécial du jury. Depuis j’ai continué à écrire. Le texte s’appelait « Réparations » et racontait comment un djinn asservi par des hommes se libéraient de ses liens, mais j’avais utilisé un univers contemporain au lieu de l’univers des 1001 nuits.
Le texte a été publié dans le numéro 1 du webzine « Parchemins & Traverses ».

 

Quel est ton rythme d’écriture ?

400 à 600 mots par soir (avec une pass dans Antidote pour nettoyer un peu les scories).
Quand je bosse sur un texte, je passe 4 à 5 soirées par semaine dessus, pendant deux semaines.
Globalement, j’ai toujours un projet en cours (une nouvelle pour un AT ou un roman). Dans le cas d’un roman, je passe plusieurs mois dessus (sauf en période de nanowrimo, mais c’est un cas très particulier).

 

Comment construis-tu ton travail ?

Je fais un synopsis sur un bloc note, avec un bête stylo, assis dans mon canapé (c’est précis). Je construis un peu l’histoire, souvent en faisant une sorte de dessin moche avec des bulles reliées par des flèches (certains parleraient de « cartes mentales »). Comme cela je peux indiquer dans chaque scène quels éléments de contexte vont apparaître (c’est surtout important dans un texte long avec un univers zarbi qu’on ne voit pas en entier tout de suite et qu’on découvre touche par touche).
Une fois que les choses sont un peu structurées (en gros j’ai le début, la chute et le chemin qui les relie) je commence à rédiger. Il arrive que je m’écarte un peu de ma ligne directrice (les cadres sont aussi là pour qu’on se passe d’eux).

 

Plutôt nouvelle ou roman ?

Les deux. Dans le passé j’ai plus fait des nouvelles (une grosse trentaine ont été publiées depuis 2004).
Pour moi, je devais un peu pratiquer mon style et ma façon de raconter les histoires pour acquérir les automatismes qui vont bien.
Depuis quelques années, l’idée de faire un roman a germé dans mon esprit et j’essaye d’un faire un par an (hors nanowrimo). J’ai écrit deux romans et je sens que je ne vais pas tarder à : 1) faire les dernières corrections du premier, 2) faire les premières relectures du second, 3) corriger le nano de fond en comble et 4) commencer un autre roman. Les projets ne manquent pas, juste le temps. Et puis, fondamentalement, écrire c’est fun et il n’y a pas tant de différences entre nouvelles et romans. Dans un roman on peut juste s’étaler un peu plus et on vit plus longtemps avec ses propres personnages.

 

Pourquoi vouloir devenir indépendant ?

Je ne suis pas indépendant à proprement parler car je n’ai jamais rien sorti en autopublication. Ceci étant, l’idée est tentante et je l’étudie beaucoup ces derniers temps (je pilote des projets sur du long terme, donc j’ai toujours un phase d’études préalable, tu as le droit d’y voir une sale déformation professionnelle).
Le statut d’indépendant a visiblement du pour et du contre. Le pour, c’est de se passer de l’éditeur et de la « nébuleuse » dans laquelle part un texte quand on le soumet. Quand on soumet une nouvelle à un AT, la réponse vient sous 3 mois le plus souvent. Pour un roman, le délai varie et peut se compter en années sans qu’on sache si le truc a été lu, s’il est rejeté ou étudié de près. En outre, pour un « jeune » auteur qui n’a pas publié de romans, toquer à la porte des éditeurs est compliqué. Ceci dit, je les comprends : ils ont une entreprise à faire tourner, ils ne sont pas là pour faire plaisir aux gens qui écrivent et les délais qu’ils imposent se comprennent totalement. L’auto-édition permet de pousser son texte face au lectorat très rapidement, et c’est super intéressant pour avoir un retour rapide.
Le contre dans le statut d’indépendant, je pense que c’est aussi le manque de l’éditeur qui sait faire « vivre » le truc, qui va assurer la pub et faire le buzz autour du livre (pour le vendre). Ces tâches éditoriales ne s’improvisent pas et il est compliqué pour un indé de faire sa propre pub, même à l’heure des réseaux sociaux.
Maintenant, je pense que je vais tenter ma chance : j’ai un paquet de nouvelles publiées (donc elles ont plu à au moins un comité de lecture) sur lesquelles j’ai les droits et que je compte sortir sous la forme d’un ebook. Je vais donc sauter dans le bain sous peu, faire un fichier epub ce n’est qu’un peu de XHTML et de « black magic » avec un soft comme Sigil. Je bosse dans l’informatique, c’est clairement à ma portée.

 

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ce statut ?

L’autonomie. (cf réponse précédente) et la réactivité face au public.

 

A l’inverse, qu’est-ce qui te semble le plus compliqué ?

L’autonomie. (cf réponse précédente) et la réactivité face au public. Pareil que la réponse précédente mais pour d’autres raisons.
Être seul face au lectorat peut être un danger et à vouloir aller trop vite on peut louper sa comm et sa promo et le livre passera inaperçu.

 

Quel type de lecteur es-tu ?

Un lecteur qui lit beaucoup. En vacances, je bouffe un « pavé » en 3 jours max, donc je pars avec 6 à 7 bouquins dans mes valises. J’ai toujours un livre en cours, hors congés je vais lire 2 à 3 livres chaque mois.
Je lis majoritairement du SFFF, en français et en anglais. Un peu de BD, même si j’en achète peu (sauf quelques dessinateurs que j’adore comme Andreas) ou si le scénariste est Neil Gaiman (et là tout le monde pense au Sandman).
Lire c’est fun, et écrire n’est pas différent : dans les deux cas on voit l’histoire se dérouler devant ses yeux. L’écriture est juste un processus plus « actif ».

 

Dans ce numéro 1, tu nous parles de ton projet de BD, peux-tu me raconter un peu ce qui t’inspire ?

Je trouve que la BD est une forme de narration toute particulière, avec son rythme spécifique (par exemple coller les transitions en bas de la page de droite, quand le lecteur va tourner). En outre, une BD se lit très vite (30 à 45 minutes, 2h pour un roman graphique), ce qui change beaucoup la donne avec le lecteur.
Je dessine super mal (je transcende la nullité graphique de façon magistrale) et je ne peux pas faire un tel projet à moi-seul. C’est probablement pour cela que j’aimerais faire un BD justement (j’aime la difficulté ;-)).
En outre, je pense que la France est un univers très particulier pour la BD, avec un public bien plus large et mature que dans le reste du monde : par exemple, dans ses livres, Scott McCloud se plaint que le public des comics aux US est axé sur les ados (certains disent « comics are for retards ») et que les romans graphiques, plus adultes, ne percent que difficilement. En France et en Belgique, le 9ème art a une place très spéciale, et tout le monde (surtout ceux qui lisent du SFFF) lit de la BD.
Le projet que je voudrais développer est encore une histoire qui mélange salement les genres (c’est récurrent chez moi).

 

Pour finir, L’Indé Panda, c’est quoi pour toi ?

Par principe, j’ai toujours un ou deux textes en « circulations » (envoyés à un AT). J’ai un stock de nouvelles que je n’ai pas soumises (écrites sans viser un AT avec un thème précis) et je les retravaille pour les soumettre aux AT athématiques. Au départ, l’Indé Panda, c’était un AT que j’ai vu dans un site recensant les ATs et il a fait parti de ma « salve athématique » de cet été. Ensuite, j’ai vu le numéro 1 et je dois avouer que j’ai été surpris dans le bon sens : le produit fini est vraiment chouette et je suis vraiment heureux de faire partie de cette aventure-là. J’étais tombé sur l’AT un peu par hasard, le hasard a bien fait les choses et je l’en remercie.
Je suis aussi un « indé en devenir  » (cf question précédente) donc je crois que je peux dire que l’Indé Panda, c’était surtout un panda, du coup (NB : cette phrase ne veut rien dire, elle est donc parfaite pour conclure, pas vrai ?).

 

Question bonus posée par notre lectrice, Cindy Costes, sur notre page Facebook : 
« Tu nous parles d’un projet BD, est-ce que d’une façon générale, tu es « visuel » ? »

Disons que, de base, je suis un lecteur chiant. Si dans une scène que je lis, je vois un personnage se « téléporter » d’un endroit à l’autre sans explication, c’est un « faux raccord » qui va me gêner. Du coup, je visualise beaucoup mes scènes, quitte à parfois faire des plans, comme pour une mise en scène. Je dessine comme une tanche, donc je ne fais pas de croquis, mais je visualise toujours mes personnages. En général je fais une sorte de fiche ou je décris le personnage et j’indique un acteur/une actrice à laquelle il/elle ressemble. Pour moi, le narrateur de Photo Volées a les traits d’Anthony Hopkins et son visiteur est Fonzy dans Happy Days. Je visualise aussi beaucoup le décor, en le rapportant à un endroit que je connais ou bien une scène que j’ai vue dans un film ou une BD. Dans « Photo Volées », j’ai pensé à la Winchester Mistery Mansion de San José. Donc globalement, si je ne suis pas voyant (sinon j’aurais un cabinet de Marabout à la Porte de Clignancourt et je ferais distribuer des pubs dans le métro expliquant mes talents de guérisseur télépathe capable de dépanner les Audi à distance et de faire démarrer les motos russes (ne rigolez pas, j’ai un jour découvert une pub avec cet argumentaire)), je pense que je suis vraiment très « visuel ».

 

Vous pouvez retrouver Philippe sur Facebook.

« Photos volées » est disponible dans L’Indé Panda, Magazine n°1.

philippe-deniel

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s