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Interview Patrice Dumas

Au tour de Patrice Dumas de répondre à nos questions.
Merci à lui.

Tu as été sélectionné pour ce premier numéro avec ta nouvelle « Le chef d’oeuvre de Maître Osato », peux-tu expliquer sa genèse ?

Un très vieux souvenir d’enfance m’est un jour revenu en mémoire. J’avais longuement observé un artisan vernissant au tampon un meuble ancien. Il m’avait expliqué comment il préparait la mixture qu’il appliquait, d’un geste régulier, il m’avait raconté son amour du bois et de son métier. J’ai décidé d’écrire une histoire en hommage à ceux qui travaillent de leurs mains, et souvent nous émerveillent. En situant l’action au Japon, j’ai pu faire passer un autre message qui me tenait à cœur, mais je ne voudrais pas révéler la chute.

 

Plus à l’aise dans un registre particulier ? De quoi aimes-tu parler dans tes histoires ?

Je me sens de plus en plus à l’aise dans le genre policier ou espionnage, parce que j’aime la personnalité de mes héros de la série M. and Mac, qui passe d’un genre à l’autre. Certains romans, comme « Trouvez Nacer Osman ! » sont du pur espionnage ; d’autres, comme « Whitehall est mort », que je viens de terminer, sont de véritables enquêtes policières. Je passe beaucoup de temps avec Malcolm et Shannon, lors de l’écriture, alors autant faire en sorte qu’ils soient d’agréable compagnie. Je ne pourrais pas écrire un livre dont les protagonistes me soient antipathiques.

Je n’ai pas de sujet de prédilection, au contraire, j’aime la variété du cadre des aventures de Malcolm et Shannon. Pour donner du rythme à mes romans, j’aime bien raconter « une histoire dans l’histoire ». J’attache aussi une grande importance aux personnages annexes, que je considère comme des seconds rôles de cinéma : indispensables à la crédibilité du récit.

 

Quand et comment as-tu commencé à écrire ? Te rappelles-tu de ta première histoire ?

J’ai commencé à écrire Ashour fin 2011.

 

Quel est ton rythme d’écriture ?

Je serais tenté de dire : Je prends le temps nécessaire, sans aucun souci de rendement, car je passe énormément de temps en documentation, puis pour peaufiner mes textes. Il ne peut donc s’agir que d’une moyenne. Chaque année, j’écris deux M. and Mac, je ne « produis » donc pas plus de 300 mots par jour, même si un premier jet peut représenter, parfois, une somme de plus de 1000 mots.

 

Comment construis-tu ton travail ?

Il ne s’agit pas d’un schéma rigide, mais j’aime bien réfléchir à l’intrigue la nuit, corriger mes textes ou me documenter le matin, et écrire l’après midi et le soir.

 

Plutôt nouvelle ou roman ?

Roman, dans l’esprit de la nouvelle. J’aime surprendre mes lecteurs par une chute inattendue.

 

Pourquoi être indépendant ?

Comme tout écrivain, j’ai soumis mon premier livre, Ashour, aux éditeurs, qui n’en n’ont pas voulu… à juste titre ! L’histoire était bonne, mais elle était rédigée dans un style horriblement pesant. J’en ai pris conscience grâce à des amis qui m’ont parlé avec sincérité. J’ai donc réécrit mon roman de fond en comble, en conservant l’histoire, mais en changeant résolument de style. Et là, j’ai décroché un contrat, dans une jeune maison d’édition. Cependant, les clauses étaient, à mon sens inéquitables. Notamment, je refusais de céder mes droits d’auteur. Comme toutes les éditeurs exigent ce préalable (il y aurait beaucoup à dire sur ce sujet), je reste indépendant.

 

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ce statut ?

Ne pas avoir à subir la pression d’une date de sortie. Si j’estime qu’un roman peut être amélioré, j’y travaille plus longtemps, tout simplement. Je ne pourrais pas le faire si je travaillais pour un éditeur.

 

A l’inverse, qu’est-ce qui est le plus dur pour toi ?

Le temps passé à des charges annexes, que je préférerais consacrer à l’écriture.

 

Quel type de lecteur es-tu ?

Je lis presque uniquement des auteurs classiques. Le style de trop d’auteurs contemporains est affligeant, et je ne parle pas de la qualité de la traduction de certains textes étrangers  Actuellement, je découvre « Histoire d’un crime », de Victor Hugo. Le sujet de ce livre est le coup d’État du 2 décembre 1851. Passionnant !

 

Dans ce numéro 1, tu nous présentes ton recueil de nouvelles « Les ruines de Glenmoor», peux-tu me raconter un peu ce qui t’a inspiré ?

À vrai dire, je ne comptais pas du tout publier un recueil de nouvelles. Il s’agissait d’un simple exercice. Comme je te l’ai dit, la forme de la première version de Ashour était lourde, ampoulée. Je me suis donc astreint a écrire des histoires en trois pages seulement, pour alléger mon style, le fluidifier. Et puis, je me suis pris au jeu, j’ai inventé des chutes drôles ou surprenantes. Mes nouvelles ont plu. J’ai alors sélectionné les meilleures pour Les Ruines de Glenmoor, qui remporte depuis un bon succès sur Amazon.

 

Pour finir, L’Indé Panda, c’est quoi pour toi ?

Une amitié, avant tout. Une amitié ouverte, une main tendue vers tous les auteurs indépendants. Aussi, un moyen de faire connaître de bons auteurs indépendants et de prouver que le talent ne passe pas forcément par l’édition.

 

Question bonus posée par notre lecteur, Arbre de Breda sur notre page Facebook : 
« L’auteur apparaît souvent comme un être doué de toutes les qualités. Pourtant, les salauds y traînent autant qu’ailleurs. Selon vous, les bons mots dédouanent-ils l’auteur de sa façon d’agir dans la vie ? »

Je ne pense pas que que l’auteur soit vu comme un être doué de toutes les qualités. Certes, on lui accordera publiquement une imagination hors du commun (sans hésiter à l’attribuer, en privé, à une consommation d’alcool excessive, à l’usage de substances hallucinogènes, ou à une vie de débauche) mais on ne lui pardonnera jamais d’être étourdi, bougon, irritable, voire misanthrope, défauts pourtant inhérents à sa fonction créatrice.

On attend de l’auteur qu’il soit parfait ; il est loin de l’être, et la déception étant à la hauteur des attentes, la jalousie, la médisance, le mépris, parfois, exploitant les failles de son caractère, en grossissent les traits les moins glorieux. Une injustice dont l’auteur se moque : il vit avec ses héros, pas avec la valetaille prête à l’encenser un matin dans les colonnes d’un journal, et à le critiquer le soir même, un verre à la main.

Des salauds, parmi les auteurs ? Bien sûr ! Et curieusement ceux que l’on adule sont les pires : Voltaire et Rousseau étaient de parfaites canailles, des individus infects à la conscience ténébreuse. Le temps passant, on a oublié les ombres du siècle des lumières, le mal nommé.

Alors, des bons mots peuvent-ils dédouaner des salauds ? Mais la crapulerie ne s’achète ni ne se vend ! Et elle ne s’échange pas. Laisser échapper un sourire à un bon mot, n’est pas oublier la noirceur d’une âme… Le champagne ne se boit pas dans des gobelets en carton.

 

Vous pouvez retrouver Patrice sur son site.

« Le chef d’oeuvre de Maître Osato » est disponible dans L’Indé Panda, Magazine n°1.

Découvrez « Les Ruines de Glenmoor » sur Amazon.

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